Contexte théorique
Le concept de « sélection naturelle cosmique » apparaît d'abord dans l'article de 1992 de Lee Smolin, Did the Universe Evolve?, puis dans son ouvrage de 1997, The Life of the Cosmos. Smolin s’appuie sur les travaux antérieurs de Bryce DeWitt et John Wheeler, qui ont suggéré que les singularités au cœur des trous noirs pourraient se dilater en de nouveaux univers dotés de constantes physiques légèrement différentes. Cette hypothèse transpose le principe darwinien – variation, reproduction, sélection – du domaine biologique au niveau du multivers.
Mécanisme de reproduction cosmique
Dans le modèle, chaque trou noir agit comme un « embryon » cosmique. Lors du processus de formation, la singularité atteint une densité infinie, puis, selon la théorie, rebondit en un Big Bang distinct. Les lois physiques du « bébé » univers sont héritées du « parent » avec de petites déviations, analogues aux mutations génétiques. Smolin postule que les univers capables de générer un grand nombre de trous noirs produisent davantage de descendants, créant ainsi une pression sélective vers des paramètres cosmologiques qui maximisent la formation de trous noirs. Cette dynamique implique que notre univers, observé avec un taux de formation d’étoiles massive et une abondance de matière noire, pourrait être le résultat d’une optimisation évolutive.
Implications et limites
Le cadre de Smolin offre une explication possible à la « fine‑tuning » des constantes cosmologiques, sans recourir à l’anthropisme. Il prédit que des variations mesurables – par exemple la densité de matière baryonique ou la constante cosmologique – devraient se situer dans des intervalles favorisant la création de trous noirs. Cependant, la théorie souffre d’un manque de critères falsifiables : les univers descendants sont inaccessibles à l’observation directe, et les modèles numériques restent hypothétiques. De plus, la dépendance à un mécanisme de rebond de singularité n’est pas établie dans la relativité générale standard, nécessitant une gravité quantique encore non confirmée. Malgré ces obstacles, le concept a suscité un regain d’intérêt, notamment chez des philosophes de la technologie qui envisagent une extension du processus évolutif aux civilisations capables de fabriquer des trous noirs artificiels. La discussion actuelle se concentre donc sur la viabilité physique du rebond, la sensibilité des paramètres aux variations, et la possibilité d’inférer indirectement la sélection à travers la distribution observée des trous noirs dans l’univers observable.