Découverte et description physique

En 2017, Paola Nogales‑Ascarrunz a reçu un appel d’un refuge animalier bolivien signalant un « chat étrange ». L’animal, un mâle de dix ans, mesurait 45 cm de la tête à la queue et pesait 1,4 kg, soit moins que le chat domestique moyen. Sa fourrure présentait des rosettes larges rappelant celles d’un léopard, contrairement aux motifs plus petits observés chez les espèces voisines. Le spécimen réside aujourd’hui au sanctuaire Senda Verde, situé dans la région des Yungas, à la pente orientale des Andes.

Analyse génétique et reclassification

Après plusieurs années d’observation, Nogales‑Ascarrunz a collaboré avec le généticien Eduardo Eizirik (Université catholique pontificale de Rio Grande do Sul) et Jonas Lescroart (Université d’Anvers). Leur étude, publiée dans *Current Biology* (septembre 2026), a séquencé les génomes complets de 38 individus appartenant au genre Leopardus. Les comparaisons phylogénétiques ont révélé une divergence génétique suffisante pour justifier la création d’une nouvelle espèce, nommée Leopardus tilcayo. Cette approche génomique dépasse les critères morphologiques classiques (longueur de la queue, taille des rosettes, forme des dents) qui, seuls, ne permettent plus de trancher les limites entre espèces.

Le même jeu de données a confirmé que L. tigrinus, autrefois considéré comme une espèce unique, était déjà composé de deux lignées distinctes depuis 2013, puis d’une troisième en 2024. Le nouveau découpage porte le nombre total de « tiger cats » à cinq espèces reconnues, illustrant la complexité du complexe de espèces au sein du genre.

Implications pour la taxonomie des petits félins

La découverte de L. tilcayo montre que la biodiversité des petits félins sud‑américains reste partiellement cartographiée. Les chercheurs soulignent que les caméras de suivi et les observations visuelles peuvent manquer des différences génétiques subtiles. En intégrant le séquençage à grande échelle, il devient possible d’identifier d’autres taxons cryptiques, ce qui pourrait influencer les stratégies de conservation, notamment dans les habitats menacés des Yungas.

Le travail souligne également la nécessité d’associer les connaissances locales – le nom « tilcayo » provient d’un grand‑père du chercheur – aux analyses scientifiques. Cette synergie facilite la reconnaissance de populations isolées et renforce la légitimité des mesures de protection sur le terrain.