Contexte et enjeux
Depuis le CES 2023, les robots humanoïdes ont envahi les salons d’exposition. 1X a commercialisé le Neo, un robot de 170 lb vendu à 20 000 $, capable de nettoyer sous supervision distante. Malgré ces démonstrations, le domicile reste un environnement désordonné et souvent escarpé. Les escaliers exigent soit une locomotion aérienne, soit des membres capables de supporter des charges importantes, deux solutions qui augmentent la complexité mécanique et le risque de blessures, notamment pour les animaux domestiques. Cette contrainte explique pourquoi les prototypes présentés à l’IFA, majoritairement chinois, restent des démonstrations de mobilité plutôt que des produits prêts à l’usage.
Architecture et capacités du CLOiD
LG a choisi une approche hybride avec le CLOiD. Le robot se déplace sur roues et possède deux bras à sept degrés de liberté, chaque main équipée de cinq doigts actionnés individuellement. Lors du CES, le dispositif a plié des vêtements, extrait des aliments du réfrigérateur et chargé une machine à laver, démontrant une manipulation fine mais lente. En parallèle, LG alimente un « data factory » à Séoul où plusieurs centaines de CLOiD exécutent des scénarios de nettoyage. D’ici la fin de l’année, le centre devrait générer 100 000 heures de données d’entraînement, soit l’équivalent de douze années d’usage, puis les injecter dans un modèle de fondation robotique basé sur les modèles ouverts de Nvidia Cosmos. L’intégration native aux appareils connectés (lave‑linge, four, éclairage) permet au robot d’orchestrer les tâches sans passer par une interface manuelle.
Analyse des limites et perspectives
Le principal obstacle reste la protection de la vie privée. Tous les robots présentés, y compris le Doova de Tuya, utilisent des caméras pour la navigation et la reconnaissance d’utilisateurs, ce qui soulève des inquiétudes quant à la collecte d’images à l’intérieur du foyer. Doova, robot rond sans bras, mise sur l’interaction vocale et les expressions faciales dynamiques pour assister les personnes âgées, mais ne prétend pas remplacer les gestes physiques. Cette spécialisation montre que le marché tend vers une architecture distribuée : plusieurs appareils spécialisés reliés à un « cerveau robot » centralisé, souvent hébergé dans le cloud. Une telle configuration réduit le coût d’un seul robot tout‑en‑un, mais elle dépend d’une connectivité fiable et d’une gestion sécurisée des données.
Implications économiques
En pratique, le coût d’un système complet reste élevé. Le Neo de 1X se vend à 20 000 $, tandis que le CLOiD n’a pas encore de prix public, mais son architecture complexe implique des dépenses en matériel et en formation de modèles. Le modèle économique probable repose sur la vente de services d’abonnement pour la mise à jour du modèle de fondation et le stockage des heures d’entraînement. Cette orientation suggère que le robot domestique deviendra d’abord un produit de niche, accessible aux foyers disposant d’un budget conséquent et d’une infrastructure domotique avancée.