Contexte réglementaire
Le 9 septembre 2026, le gouverneur du Massachusetts, Maura Healey, a signé un ordre exécutif qui contraint les data centers dont la puissance de pointe dépasse 25 MW à fournir exclusivement de l’énergie propre. Cette mesure s’inscrit dans la continuité d’une série d’initiatives étatiques visant à limiter l’expansion des centres de données, après que le Texas et l’État de New‑York aient adopté des restrictions similaires en juillet et août 2026.
Le texte précise également que les projets en cours doivent suspendre leurs demandes d’exonération de la taxe de vente sur les data centers, mise en place le mois précédent, et interdit aux collectivités locales de signer des accords de confidentialité (NDA) qui masqueraient les conditions de ces nouvelles obligations.
Mécanisme de conformité
Les opérateurs doivent garantir que 100 % de la consommation électrique du data center provient de sources reconnues par le « Massachusetts Clean Energy Standard ». Ce standard impose déjà que, d’ici 2030, au moins 40 % de l’énergie de l’État provienne de sources renouvelables (éolien, solaire, hydraulique). L’ordre exécutif renforce cette exigence en la portant à 100 % pour les installations concernées.
Deux voies de conformité sont prévues : soit le centre produit l’énergie sur site (panneaux photovoltaïques, turbines éoliennes, stockage par batteries), soit il finance la construction d’une nouvelle capacité renouvelable à proximité, soit il verse une contribution à un « ratepayer protection fund ». Ce fonds, alimenté par les paiements des data centers, sert à compenser les éventuels impacts tarifaires sur les consommateurs résidentiels.
Implications techniques et économiques
Atteindre 100 % d’énergie propre impose des contraintes d’ingénierie majeures. Un data center de 30 MW nécessite, en moyenne, entre 30 et 45 MWc d’installation photovoltaïque pour couvrir les pertes de conversion et les périodes de faible irradiation, ce qui implique des surfaces de toit ou de terrain conséquentes. Alternativement, l’achat de certificats d’énergie renouvelable (REC) peut satisfaire l’obligation, mais expose les opérateurs à la volatilité des prix du marché du carbone et à des exigences de traçabilité renforcées.
Financièrement, le coût d’une infrastructure on‑site peut dépasser 150 M$ selon les études de capitalisation, tandis que la contribution au fonds de protection tarifaire est estimée à 0,5 $ / kWh d’électricité consommée. Ces charges supplémentaires réduisent la compétitivité du Massachusetts par rapport à d’autres juridictions qui offrent encore des incitations fiscales.
Comparaison interétats
Le Texas a imposé, depuis août 2026, des audits obligatoires par la commission publique des services publics et ERCOT, sans toutefois fixer un quota d’énergie propre. New‑York, en juillet, a bloqué toute construction de data centers supérieurs à 50 MW, mais n’a pas encore détaillé de mécanisme de financement d’énergie verte. Le Massachusetts se distingue donc par une exigence quantitative claire (100 % d’énergie propre) et par la création d’un fonds dédié, ce qui pourrait servir de modèle pour d’autres États cherchant à concilier croissance du cloud et objectifs climatiques.