Contexte historique

En 1976, Lorne Trottier et Branko Matić fondent Matrox à Dorval, Québec. Leur première commercialisation, le MTX-1632, propose 512 octets de mémoire vidéo à 650 ns et génère un affichage ASCII 32 × 16. Le dispositif est vendu 198 $, ce qui correspond à environ 1 166 $ en 2026. Le succès initial, alimenté par une visibilité dans le magazine Electronics, permet à l’entreprise de financer rapidement de nouveaux produits.

Le même année, Matrox introduit le MTX-256**2, capable d’afficher un raster de 256 × 256 points. Le système se compose d’une unité de synchronisation centrale (CTU) et d’une mémoire d’image (IM). À 630 $ (≈ 3 710 $ en 2026), il surpasse les cartes concurrentes qui, pour un prix similaire, offrent des résolutions nettement inférieures ou requièrent une programmation I/O point par point.

Architecture et spécifications des cartes

L’ALT‑256**2, sortie entre 1977 et 1978, s’insère dans un seul emplacement du bus S‑100. Elle intègre 65 536 bits de mémoire de rafraîchissement, éliminant ainsi la charge de rafraîchissement sur le processeur. Le signal vidéo composite produit est compatible TV NTSC et PAL, autorisant l’usage d’écrans domestiques ou de téléviseurs. La carte expose quatre ports de sortie et un port d’entrée, configurables via des cavaliers.

En comparaison, les cartes S‑100 concurrentes offrent généralement 128 × 128 points et ne disposent pas de mémoire de rafraîchissement intégrée, ce qui impose au CPU de gérer le timing d’affichage. L’ALT‑256**2 propose donc quatre fois la résolution tout en libérant le processeur grâce à son DMA interne.

Le successeur ALT‑512 double la largeur d’affichage à 512 × 256 points ou, alternativement, permet d’alimenter deux écrans 256 × 256 simultanément. Cette flexibilité découle du même schéma de mémoire de rafraîchissement, mais avec une bande passante accrue pour supporter le débit vidéo supplémentaire.

Analyse des performances et impact

Comparé au DEC GT‑40, vendu à 14 000 $ et capable d’afficher 1024 × 768 points en vecteur, le Matrox ALT‑256**2 fournit une résolution raster 256 × 256 pour moins de 1 000 $, soit un rapport coût‑performance nettement supérieur. Le DMA intégré réduit le nombre d’interruptions CPU de l’ordre de 30 % à 40 % selon les mesures de l’époque, ce qui améliore la réactivité des systèmes S‑100 lors de l’exécution de programmes graphiques.

Le positionnement prix‑performance a conduit Matrox à déclarer plus de 10 000 installations en 1978, incluant les affichages de contrôle au sol de la mission Viking de la NASA. Cette adoption précoce par un client gouvernemental renforce la crédibilité technique de la société auprès des intégrateurs financiers, qui bénéficient en 1979 du Quad Video, une carte unique capable de piloter quatre moniteurs simultanément.

Sur le plan organisationnel, la politique de partage des bénéfices et d’infrastructures internes (crèche, espaces récréatifs) a favorisé une croissance de 200 % annuelle, portant l’effectif à cinquante employés en 1979. Cette dynamique a permis à Matrox d’étendre sa gamme aux bus Multibus et PDP‑11, tout en conservant le même principe d’intégration de mémoire de rafraîchissement et de DMA, garantissant la cohérence architecturale de ses solutions graphiques.