Contexte et levée de fonds

En septembre 2026, la startup géothermique Mazama Energy a annoncé une levée de 135 millions de dollars en série B, sursouscrite. Le tour a été mené par Centaurus Capital et Doerr Capital, avec la participation de ConocoPhillips, Shell Ventures et d’autres investisseurs déjà engagés comme Khosla Ventures. Cette injection de capital vise à financer le développement de puits horizontaux dans des roches dites « super‑chaudes », capables de délivrer jusqu’à 15 MW d’électricité par puits. L’objectif déclaré est de commencer la production d’électricité dès l’an prochain et d’atteindre 200 MW au site pilote de l’Oregon d’ici 2030.

Technologie de forage et état supercritique

Mazama a déjà percé à plus de 10 000 pieds (≈3 km) en quinze jours, avec un plan de profondeur d’environ 15 000 pieds (≈4,5 km). À ces profondeurs, la température atteint 750 °F (400 °C) et la pression transforme l’eau en fluide supercritique, un état où les propriétés liquides et gazeuses se confondent, augmentant la capacité d’absorption thermique de façon exponentielle. Cette densité énergétique supérieure permet à chaque puits de produire jusqu’à 10 fois plus d’énergie que les systèmes géothermiques conventionnels, qui exploitent généralement des réservoirs de 150‑200 °C à des profondeurs de 2‑3 km.

Analyse de la production potentielle et des contraintes

Le site de l’Oregon, selon les dernières estimations de Mazama, pourrait générer 10 GW d’électricité, soit le double de l’évaluation de 5 GW faite l’an passé. Cette révision reflète la confiance dans la capacité des puits super‑critiques à délivrer des puissances de l’ordre de dizaines de mégawatts. Au niveau mondial, les chercheurs de l’Université de Twente et du Clean Air Task Force estiment que exploiter 1 % du réservoir de roches super‑chaudes fournirait plus de 63 TW, largement suffisant pour couvrir la demande énergétique globale. Cependant, ces perspectives restent soumises à des défis techniques majeurs : le coût du forage ultra‑profond, la gestion de la corrosion à haute température, le contrôle de la fracturation horizontale et la stabilité du fluide supercritique sous de fortes pressions. La viabilité économique dépendra donc de la capacité de Mazama à réduire le coût par mètre foré et à garantir la longévité des puits sans pertes thermiques importantes.