Contexte et annonces récentes
Le responsable de la stratégie des actifs numériques de Morgan Stanley, Amy Oldenburg, a indiqué que la banque prévoit désormais de proposer le support d’actions tokenisées sur son système de négociation alternatif dès le premier trimestre 2027. Cette échéance repousse la prévision initiale de la seconde moitié 2026, invoquée par la dépendance à des produits qui n’existent pas encore. Elle cite le lancement du service de tokenisation du DTCC prévu fin octobre ainsi que l’entrée en vigueur du GENIUS Act en janvier comme jalons clés.
Parallèlement, Caroline Pham, directrice juridique de MoonPay, a rappelé que la CFTC peut réguler « presque tout » dans le secteur crypto, sans attendre de législation supplémentaire. Elle a souligné que les dépôts tokenisés, à la différence des stablecoins, nécessiteraient un règlement atomique d’une journée de trading équivalant à environ 15 trillions de dollars, une liquidité qui n’existe pas actuellement. Elle prévoit que les bourses américaines NYSE et Nasdaq introduiront des actions tokenisées « réelles » avec un volume significatif d’ici deux ans.
Architecture et infrastructure technique
Pour rendre possible le trading d’actions tokenisées, Morgan Stanley développe une infrastructure de portefeuille abstrait et détient une approbation conditionnelle de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) pour un « digital trust ». Cette structure vise à séparer la garde des actifs numériques de la logique de négociation, réduisant ainsi les risques de contrepartie. Le service de tokenisation du DTCC, qui crée des jetons représentant des titres traditionnels, constitue le point d’entrée technique : chaque jeton est lié à un actif sous-jacent via un mécanisme de règlement atomique, garantissant la traçabilité et la conformité aux exigences de règlement‑livraison (R‑L).
Le GENIUS Act introduit un cadre juridique pour les actifs numériques émis par des entités financières, clarifiant les obligations de reporting et les exigences de capital. Cette législation crée un environnement plus prévisible pour les banques qui souhaitent intégrer des jetons d’actions dans leurs systèmes de clearing‑and‑settlement.
Analyse de marché et risques associés
Le rapport du FMI indique que le marché des actions tokenisées représente 2,3 milliards de dollars au sein d’un marché plus large de 65 milliards de dollars d’actifs réels tokenisés. Plus de la moitié des transactions s’effectuent en dehors des heures de marché américaines, avec 80 % des volumes concentrés sur cinq titres très liquides (Tesla, Nvidia, Google, etc.). Ces jetons affichent une volatilité environ 1,5 fois supérieure à leurs homologues traditionnels et une liquidité nettement moindre, ce qui soulève des questions sur la formation des prix et la protection des investisseurs.
Oldenburg estime que le marché des actifs réels tokenisés (RWA) pourrait atteindre entre 3 et 10 trillions de dollars d’envergure d’'ici 2030. Cette fourchette repose sur l’adoption progressive des infrastructures de règlement atomique et sur la capacité des bourses à offrir des volumes significatifs. Toutefois, l’absence d’une liquidité suffisante et la dépendance à des dépôts de plusieurs trillions de dollars constituent des contraintes majeures qui pourraient retarder la réalisation de ces prévisions.
Perspectives réglementaires et conclusions
Les déclarations de la CFTC et les initiatives législatives comme le GENIUS Act indiquent une volonté d’encadrer le secteur sans recourir à une nouvelle législation. Cependant, la nécessité d’un capital de 15 trillions de dollars pour les dépôts tokenisés expose une tension entre ambition technologique et réalités financières. Morgan Stanley, en alignant son calendrier sur les jalons du DTCC et du cadre juridique, tente de réduire ce fossé, mais la viabilité du modèle dépendra de la capacité du marché à générer une liquidité suffisante et à absorber la volatilité accrue des jetons.