Contexte et levée de fonds
Le 21 septembre 2026, la startup néerlandaise Morphotonics a annoncé une levée de 40 millions d’euros. Le tour de table a été mené par 3M Ventures, Innovation Industries, le fonds European Innovation Council (EIC) et l’European Investment Bank, entre autres. Cette injection de capital a permis à l’entreprise de plus que doubler ses effectifs, passant de 30 à 60 salariés, avec un objectif de stabilisation autour de 70‑75 personnes. Le financement s’inscrit dans une série d’épisodes débutés en 2024, indiquant une confiance continue des investisseurs dans la technologie d’affichage de Morphotonics.
Technologie nanoimprint lithography et production de waveguides
Morphotonics se spécialise dans la nanoimprint lithography (NIL), une technique qui crée un « stamp » gravé à l’échelle nanométrique puis le transfère sur des matériaux photosensibles. Cette méthode permet de fabriquer des displays pour lunettes de réalité augmentée, des écrans de confidentialité automobile et, surtout, des waveguides – des guides d’onde en verre ou plastique qui canalisent la lumière vers l’œil de l’utilisateur. Le nouveau modèle de machine, en cours de construction, devrait pouvoir produire plus de 6 millions de waveguides par an, avec une première expédition prévue début 2027. Actuellement, Morphotonics vend entre 10 et 15 systèmes dans le monde, générant 90 % de son chiffre d’affaires via la vente de matériel, le reste provenant de services et de licences de processus.
Extension vers les data‑centers et co‑packaged optics
Le même procédé NIL est exploité pour les co‑packaged optics, une architecture où les circuits photoniques intégrés (PIC) sont associés directement aux puces électroniques. Cette approche réduit la distance entre les composants, remplaçant les interconnexions électriques par des liaisons optiques, ce qui augmente la bande passante et diminue la consommation énergétique des serveurs. Bien que Morphotonics n’ait pas encore livré de machine dédiée à ce segment, la société affirme que plusieurs clients ont validé la technologie en laboratoire. L’objectif déclaré est d’atteindre 50 déploiements de systèmes optiques au cours des deux à trois prochaines années, ce qui devrait diversifier les revenus au‑delà du matériel pur.
Enjeux de mise à l’échelle et limites
La production reste fortement concentrée en Asie – Chine, Taïwan, Corée du Sud et États‑Unis – ce qui expose l’entreprise à des risques géopolitiques et à des ruptures de chaîne d’approvisionnement. De plus, la NIL requiert des chimies spécifiques et un contrôle de température précis, imposant des exigences de salle blanche coûteuses. Le passage du prototypage à la production de masse pour les data‑centers implique également de garantir la répétabilité des motifs optiques à l’échelle du million, un défi qui n’est pas encore entièrement résolu. Enfin, la dépendance à la licence du processus peut limiter la rapidité d’adoption chez les opérateurs qui préfèrent des solutions intégrées.