Contexte du conflit

Depuis le déclenchement de l’invasion russe en 2022, les infrastructures énergétiques ukrainiennes ont été la cible principale d’attaques aériennes. Les centrales thermiques, les réseaux de transport d’électricité et les stations de pompage ont subi des frappes répétées, entraînant des coupures d’électricité et d’eau pour des centaines de milliers de civils. Selon les estimations économiques, le préjudice cumulé sur le secteur énergétique dépasse 56 milliards de dollars. Cette vulnérabilité a poussé les autorités locales à rechercher des solutions décentralisées capables de résister aux frappes de drones et aux missiles.

Mise en œuvre des systèmes solaires

Dans la banlieue est de Mykolaïv, un petit parc solaire hors réseau, financé par le gouvernement danois, alimente une pompe souterraine qui assure l’alimentation en eau potable. Le dispositif comprend deux ensembles d’installations surélevées couplés à une batterie de stockage, suffisants pour fonctionner même en plein hiver, comme le confirme la responsable du projet, Olena Kondratiuk. Au total, la ville exploite cinq systèmes de désalinisation alimentés par le solaire, capables de transformer l’eau saumâtre ou polluée en 1,2 million de litres d’eau potable par jour, soit assez pour 250 000 habitants. En cas d’insuffisance d’ensoleillement, les systèmes basculent automatiquement sur le réseau central, à condition que celui‑ci soit opérationnel.

Analyse de la résilience et des limites

Les installations distribuées offrent plusieurs avantages techniques. Premièrement, la taille réduite et la dispersion géographique rendent chaque unité difficile à neutraliser : un missile ne peut éliminer qu’une petite fraction de la capacité totale. Jeff Oatham, de DTEK, estime qu’il faudrait environ 40 missiles pour infliger le même dommage de capacité qu’une attaque sur un parc éolien ou solaire de taille comparable. Deuxièmement, la présence de batteries permet une continuité de service pendant les périodes nuageuses ou nocturnes, limitant la dépendance au réseau central. Cependant, la production reste conditionnée à la disponibilité solaire, et les systèmes restent vulnérables aux pannes de batterie ou aux sabotages physiques ciblés. De plus, le coût d’installation et d’entretien, bien que partiellement subventionné, reste élevé pour d’autres municipalités moins soutenues financièrement.

Implications pour la sécurité énergétique

Le modèle de Mykolaïv illustre comment la décentralisation peut renforcer la sécurité énergétique en contexte de guerre. En réduisant la concentration des actifs critiques, les forces d’attaque doivent multiplier leurs efforts, ce qui augmente le coût et le risque d’échec. Cette approche pourrait être répliquée dans d’autres zones frontalières ou dans des pays exposés à des menaces similaires, à condition de disposer d’un financement externe et d’une expertise technique pour l’intégration des systèmes de stockage. À long terme, la combinaison de production solaire, de désalinisation et de stockage local crée une boucle d’autonomie qui diminue la dépendance aux importations d’énergie et d’eau, tout en offrant une résilience accrue face aux perturbations physiques ou cybernétiques.