Contexte et objectifs du RFP

Le 9 octobre 2026, la NASA a publié un request for proposals (RFP) de 360 pages destiné à l’industrie américaine afin de concevoir des stations spatiales commerciales capables de remplacer la Station spatiale internationale (ISS) dès 2030. L’agence précise que ces plateformes doivent garantir une présence humaine continue en orbite basse (LEO) pour la recherche, le développement technologique, la formation d’équipages et la préparation des missions lunaires et martiennes. La sélection prévoit « deux ou plus » contractants, avec une décision finale attendue en avril 2027 et des réponses à rendre avant le 8 décembre 2026.

Structure financière et phases du programme

Le premier volet du concours assure à chaque lauréat un financement minimum de 100 millions USD. Les phases ultérieures sont décrites comme « valant des milliards », bien que le texte ne précise pas les montants exacts. La phase 2, prévue pour l’an suivant le lancement du RFP, financera le développement et la certification des stations. La phase 3 prévoit l’achat d’au moins quatre missions habitées vers les stations privées, intégrant à la fois le transport d’équipage et le fret.

Pour soutenir la chaîne de transport, la NASA a alloué 359 millions USD supplémentaires à Boeing afin d’accélérer la certification du vaisseau Starliner pour les vols habités en LEO. Le RFP indique que les soumissionnaires n’ont pas à fournir de contrat signé avec un transporteur ; la NASA se propose d’« fournir » les premiers vols, en négociant potentiellement avec Boeing ou d’autres acteurs. Les coûts estimés pour 2030 sont de 325 millions USD par vol crew de quatre places et de 300 millions USD par vol cargo.

Acteurs industriels et enjeux techniques

Parmi les candidats attendus figurent Axiom Space, Voyager Space (avec son projet Starlab) et Vast Space. Blue Origin, déjà bénéficiaire d’un financement antérieur, reste incertain quant à son engagement. SpaceX, unique opérateur américain actuellement capable de transporter des astronautes, ne semble pas envisager de soumissionner, notamment parce qu’il prévoit de retirer le vaisseau Crew Dragon dès la désorbitation de l’ISS prévue entre 2030 et 2032.

Les exigences techniques du RFP incluent la capacité à héberger des équipages pendant plusieurs mois, à fournir des interfaces de charge utiles scientifiques et à assurer la compatibilité avec les systèmes de transport prévus. L’absence d’obligation de prouver un accord de transport impose aux soumissionnaires de concevoir des stations autonomes du point de vue logistique, tout en dépendant d’une éventuelle prise en charge par la NASA pour les premiers vols. Cette approche réduit le risque financier initial mais crée une dépendance critique vis‑à‑vis du calendrier de certification du Starliner.

Implications pour la politique spatiale américaine

En externalisant la construction et l’exploitation des stations, la NASA cherche à libérer des ressources pour les missions « Moon‑to‑Mars ». Le modèle proposé repose sur un partenariat public‑privé où le secteur privé assume la majeure partie du risque de développement, tandis que l’agence fédérale garantit un volume minimal de missions et un cadre tarifaire. La réussite du programme dépendra de la capacité des entreprises à livrer des habitats orbitales certifiés avant la fin de vie de l’ISS, ainsi que de la disponibilité d’un transport fiable et certifié. Tout retard dans la certification du Starliner ou dans la finalisation des stations pourrait compromettre la continuité de la présence humaine en LEO, affectant les expériences scientifiques et les préparatifs de missions lointaines.