Contexte du programme Commercial Crew
Le programme Commercial Crew, lancé en 2010, vise à confier à l’industrie privée le transport d’astronautes vers la Station spatiale internationale (ISS). NASA a investi 3,1 milliards de dollars dans le développement et la certification du vaisseau Crew Dragon de SpaceX, tout en finançant 5,1 milliards de dollars pour le Starliner de Boeing. À ce jour, Crew Dragon a réalisé 13 missions opérationnelles pour la NASA, dont une dernière prévue dans les prochains jours, alors que Starliner n’a encore effectué aucun vol habité.
Retrait de SpaceX et implications techniques
En 2024, SpaceX a informé NASA de son intention de cesser les vols habités avec Crew Dragon après 2030. La société justifie ce choix par la priorité donnée à Starlink, qui représente déjà la majorité de son chiffre d’affaires, et à la future exploitation du lanceur Starship. SpaceX estime que les missions humaines en orbite basse représentent 1 % de son marché total, un chiffre qui rend le maintien de Dragon économiquement peu attractif. Le retrait de Dragon supprime la capacité de transport humaine la plus éprouvée et la plus rentable, laissant un vide technique que seule la certification du Starliner pourrait combler.
Boeing, Starliner et le risque de monopole
Face à l’abandon de SpaceX, NASA a annoncé un financement supplémentaire de 359 millions de dollars destiné à corriger le système de propulsion du Starliner et à certifier le lanceur Vulcan pour les futures missions. Cette injection vise à rendre le Starliner opérationnel avant la fin de vie prévue de l’ISS, mais elle repose sur une technologie qui n’a jamais été testée en vol habité. Le recours exclusif à Boeing crée un risque de monopole sur le transport humain en LEO, limitant la concurrence et augmentant la dépendance à un seul fournisseur dont les performances restent incertaines.
Perspectives et limites pour l’économie LEO
La combinaison d’un retrait de Dragon et d’une incertitude autour du Starliner compromet la viabilité d’une économie orbitale habitée. Sans un service de transport fiable, les projets de stations privées – Axiom, Voyager, Vast – ne pourront plus commander de missions habitées, ce qui freine les activités de recherche, de fabrication et de tourisme prévues. De plus, la focalisation de SpaceX sur Starship, qui n’est pas prévu pour des vols humains en orbite basse à court terme, retarde la mise à disposition d’une capacité de charge utile élevée. En l’absence d’alternative compétitive, NASA devra soit accepter un monopole de Boeing, soit réorienter ses investissements vers des solutions non humaines, ce qui pourrait réduire drastiquement les retombées économiques attendues de la « low‑Earth‑orbit economy ».