Présentation du service Nexus
Le site sombre nommé Nexus propose à la vente des copies numériques de pièces d’identité. Selon le rapport de KrebsOnSecurity, plus de 153 millions de permis de conduire y sont répertoriés. Les annonces incluent des images haute résolution du recto et du verso, ainsi que des versions capturées dans les spectres infrarouge (IR) et ultraviolet (UV). Le catalogue s’étend aux cartes d’identité, cartes de voyage, cartes d’accès gouvernementales (Common Access Cards), cartes médicales, cartes de résident et autorisations d’emploi. La présence de sources indiquées comme « CDL » (commercial driver’s license) ou « CAC » (Common Access Card) suggère que les données proviennent de multiples canaux de collecte.
Mécanisme de collecte et de diffusion
Dans le cas étudié, un employé d’une société de location a scanné le permis du client à l’aide d’un lecteur dédié. Le scanner a produit un fichier bitmap en haute résolution, puis a généré des dérivés IR et UV via des capteurs intégrés. Ces fichiers ont été transférés vers un serveur interne sans chiffrement explicite, selon les pratiques observées dans plusieurs points de vente. Une fois stockés, les fichiers ont été extraits par un acteur malveillant, probablement via un accès non autorisé au réseau interne ou par compromission d’un compte administrateur. Les données ont ensuite été uploadées sur Nexus, où chaque entrée est indexée par un identifiant unique et un tag de source. La mise en ligne s’effectue via un protocole HTTP non sécurisé, rendant les métadonnées visibles aux observateurs du réseau.
Analyse des risques liés aux images IR/UV
Les images IR et UV contiennent des informations invisibles à l’œil nu, notamment les motifs de sécurité holographiques et les encres réactives. Un fraudeur disposant de ces couches peut reproduire les effets optiques à l’aide d’imprimantes spécialisées, augmentant la probabilité de passer les contrôles d’authenticité. La disponibilité simultanée du recto, du verso et des spectres complémentaires réduit la marge d’erreur lors du clonage. De plus, la résolution élevée (supérieure à 300 dpi) permet de reproduire les micro‑textes et les micro‑structures, ce qui rend les contrefaçons plus difficiles à détecter par les scanners standards.
Implications pour les loueurs et mesures de mitigation
Les opérateurs de location de véhicules manipulent quotidiennement des pièces d’identité. Le flux de données décrit expose deux faiblesses majeures : l’absence de chiffrement au repos et la transmission non protégée vers les systèmes de gestion. En réponse, les entreprises doivent implémenter le chiffrement AES‑256 sur les disques contenant les scans, restreindre les accès réseau aux seules machines autorisées et auditer les journaux d’accès. L’utilisation de scanners qui n’enregistrent pas les spectres IR/UV, ou qui offrent la possibilité de désactiver ces capteurs, limite la surface d’exposition. Enfin, la surveillance des places de marché du dark web permet d’identifier rapidement les fuites et d’alerter les victimes, comme le fait le FBI dans le cadre de l’enquête en cours.