Contexte législatif

Le gouvernement norvégien a annoncé, le 5 octobre 2026, son intention de soumettre au parlement un texte de loi prévoyant une interdiction temporaire des lunettes équipées d’intelligence artificielle dans certains espaces publics, notamment les parcs, les plages, les écoles et les crèches. Le ministre de la numérisation, Torgeir Micaelsen, a justifié cette mesure par le risque de prises de vue ou d’enregistrements audio non consentis. Un groupe d’experts sera créé pour élaborer des règles permanentes. La proposition s’inscrit dans un contexte où plusieurs institutions locales, comme les écoles d’Oslo et la société pétrolière Equinor, ont déjà interdit ces appareils sur leurs sites. D’autres pays, dont l’Australie, envisagent des restrictions similaires, et plusieurs juridictions ont déjà banni les lunettes connectées dans les salles d’audience.

Fonctionnement technique des lunettes AI

Les lunettes AI intègrent généralement une ou plusieurs caméras haute résolution, des microphones directionnels et un processeur dédié capable d’exécuter des modèles de vision et de reconnaissance vocale en temps réel. Certaines versions, comme les modèles commercialisés par Meta, transmettent les flux bruts vers le cloud pour un traitement supplémentaire, tandis que d’autres effectuent le calcul entièrement sur l’appareil afin de réduire la latence. La connectivité se fait via Wi‑Fi, Bluetooth ou réseaux cellulaires 5G, ce qui expose les flux à des interceptions potentielles si les canaux ne sont pas chiffrés. Le stockage local, souvent limité à quelques dizaines de mégaoctets, sert de cache avant l’envoi vers les serveurs d’IA, où les données sont agrégées pour améliorer les modèles de langage et de vision. L’absence de mécanismes matériels de verrouillage (par exemple, obturateur physique) rend difficile la vérification visuelle de l’activation du capteur.

Implications pour la vie privée et les régulations

Le principal enjeu soulevé par les autorités est la capacité des lunettes à capturer des images ou des sons sans que les personnes filmées en soient conscientes, ce qui crée un risque de surveillance de masse à l’échelle micro‑locale. Les analystes de Counterpoint Research ont estimé que les dépenses mondiales en appareils portables dépasseront le trillion de dollars entre 2026 et 2032, indiquant une adoption rapide malgré les réserves. Les entreprises technologiques – Meta, Google et OpenAI – défendent ces produits comme le futur point d’accès à l’IA, arguant que l’interaction vocale simplifie l’usage par rapport aux applications mobiles. Cependant, les critiques les qualifient de « technologie perverse », soulignant le manque de consentement explicite. Les régulateurs devront donc concilier la dynamique du marché avec des exigences de chiffrement de bout en bout, de journalisation des accès et de transparence sur les algorithmes de traitement. L’instauration d’une interdiction temporaire offre un délai pour évaluer l’efficacité de ces mesures techniques et définir des standards de conception, comme l’obligation d’inclure un indicateur lumineux ou un obturateur mécanique lorsqu’une caméra est active.