Présentation
OONI Probe est un outil open‑source développé par l’Open Observatory of Network Interference (OONI). Il s’installe sur Android, iOS, Windows, macOS et Linux, offrant ainsi une couverture multiplateforme. Dès le lancement, le client exécute une série de tests – vérification de blocage de sites web, mesure de vitesse NDT, test de blocage d’applications de messagerie – puis transmet les résultats à la base de données publique d’OONI. Cette publication se fait en quasi temps réel, ce qui alimente le plus grand jeu de données ouvert sur la censure réseau.
Fonctionnement technique
Chaque test repose sur des protocoles standards. Le test web_connectivity résout le nom de domaine via DNS, établit une connexion TCP et effectue une requête HTTP/HTTPS. En comparant les réponses obtenues avec des points de référence hors du pays, le client détecte les interceptions DNS, les injections de paquets ou les réponses HTTP modifiées. Le test de vitesse utilise le Network Diagnostic Tool (NDT) développé conjointement avec M‑Lab ; il mesure le débit montant et descendant en envoyant des flux de données calibrés et en analysant la latence et la perte de paquets. Le test d’applications (WhatsApp, Facebook Messenger, Telegram) reproduit les échanges de l’application cible, puis compare les réponses à un modèle attendu pour identifier un blocage.
Sur le plan de l’architecture, OONI Probe fonctionne comme un client léger. Il collecte les métriques, les formate en JSON et les envoie via HTTPS vers les serveurs d’OONI, où ils sont stockés sous licence Creative Commons. Le code source, disponible sur GitHub, utilise des bibliothèques réseau écrites en Go et en Rust, garantissant une exécution efficace même sur des appareils mobiles à ressources limitées. Le processus d’installation se décline en paquets natifs (APK, .ipa, .exe, .dmg) ou en script d’installation pour les systèmes Unix, ce qui simplifie le déploiement automatisé dans des environnements de recherche.
Analyse des impacts et limites
La diffusion massive des mesures contribue à la transparence du filtrage d’Internet : les chercheurs, journalistes et défenseurs des droits numériques peuvent visualiser les tendances de blocage par pays et par fournisseur d’accès. Cependant, la fiabilité des résultats dépend de la diversité géographique des volontaires. Un échantillon concentré dans une région peut biaiser l’interprétation des données. De plus, les tests sont sensibles aux variations temporaires du réseau ; un pic de latence ou une panne locale peut être interprété à tort comme une censure.
Sur le plan de la confidentialité, OONI Probe ne collecte aucune donnée personnelle identifiable. Les seules informations transmises sont les adresses IP publiques (obligatoires pour la localisation géographique) et les métriques de test. Cette approche minimise les risques de répression contre les utilisateurs, mais elle ne protège pas contre les attaques de type man‑in‑the‑middle qui pourraient altérer les mesures en temps réel. Enfin, la dépendance à des serveurs centraux pour la publication des résultats crée un point de défaillance potentiel : une interruption du service OONI empêcherait la mise à jour du jeu de données.