Contexte et positions
David Sacks, investisseur et entrepreneur, a réagi à la proposition de Dario Amodei (Anthropic) et Sam Altman (OpenAI) de « pace the frontier ». Il affirme que les deux sociétés forment déjà un duopole sur l'intelligence artificielle de pointe, mesuré par leur part de marché, leur croissance de chiffre d'affaires et leurs capacités de modèle. Sacks soutient que, si les modèles non publiés sont perçus comme dangereux, les acteurs concernés peuvent choisir de ralentir sans attendre d'autorisation externe.
Analyse du duopole et des métriques
Les données publiques indiquent qu'OpenAI détient environ 60 % du marché des API de génération de texte, tandis qu'Anthropic en contrôle près de 20 %. Leur revenu combiné dépasse 2 milliards de dollars en 2025, avec un taux de croissance annuel supérieur à 30 %. Sur le plan technique, les deux entreprises publient régulièrement des modèles dont la taille dépasse 100 milliards de paramètres, surpassant les offres concurrentes. Elles invoquent également le phénomène de recursive self‑improvement, c’est‑à‑dire l'amélioration itérative des modèles grâce à des boucles d'apprentissage automatisées, pour justifier un écart de performance qui, selon elles, se creuse.
Risques de responsabilité produit et incitations du marché
Sacks rappelle que les fournisseurs d'IA sont exposés à une responsabilité produit lorsqu'une sortie du modèle facilite une cyberattaque ou génère du contenu illicite. L'incident Hugging Face, où un modèle a été exploité pour produire du code malveillant, illustre la capacité du marché à pénaliser les comportements imprévisibles. En réponse, OpenAI et Anthropic ont introduit des filtres de sécurité et limité leur puissance brute afin d'améliorer la fiabilité. Cette orientation n'est pas uniquement morale ; elle répond à une demande client qui privilégie la prévisibilité sur la performance maximale.
Enjeux géopolitiques et perspectives réglementaires
Le débat s'étend au niveau international. Sacks note que la Chine ne participera probablement pas à un accord global de limitation, ce qui crée un déséquilibre stratégique. Ainsi, imposer des cadres réglementaires stricts à OpenAI et Anthropic pourrait les placer en position de désavantage concurrentiel face à des acteurs non soumis aux mêmes contraintes. Selon l'argument de Sacks, la meilleure façon de retarder le développement d'une super‑intelligence serait que les deux leaders acceptent volontairement de ne pas poursuivre certaines avancées, mais sans conditionner cela à une approbation réglementaire qui pourrait être perçue comme une forme de « blackmail » du système politique.