Aux États‑Unis, les cas de dengue ont atteint 3 950 en 2024, soit une hausse de 360 % par rapport à la moyenne décennale de 830, et la malaria a refait surface avec dix cas locaux en 2023, le premier depuis vingt ans. Face à cette résurgence, la technologie de suppression génétique des moustiques, développée depuis 2000, apparaît comme une option viable.
Contexte épidémiologique
La recrudescence des maladies vectorielles s’explique par le réchauffement climatique et la résistance accrue des moustiques aux insecticides classiques. En 2024, la Floride, la Californie et le Texas ont enregistré des transmissions locales de dengue, tandis que Porto Rico a déclaré l’état d’urgence sanitaire. Ces données montrent que la population américaine de moustiques porteurs de pathogènes, bien que historiquement réduite, reste suffisante pour soutenir des épidémies locales.
Mécanisme du gène létal
Oxitec a transféré chez le moustique Aedes aegypti un gène codant la protéine tTAV, inoffensive en faible quantité mais mortelle lorsqu’elle s’accumule. En laboratoire, les larves sont élevées dans un milieu contenant la tétracycline, qui inhibe l’expression du gène. Une fois libérées dans l’environnement, où la tétracycline est absente, le gène s’exprime, entraînant la mort des femelles avant l’âge adulte. Le système est auto‑limité : les mâles porteurs transmettent le gène pendant quelques générations, puis la fréquence du transgène décline naturellement.
Résultats des essais sur le terrain
Des relâches massives de mâles modifiés ont permis de réduire la densité de populations d’Aedes aegypti de 80 % dans les îles Caïmans et d’environ 95 % lors d’un essai à Juazeiro, au Brésil. Ces chiffres proviennent des rapports soumis par Oxitec aux autorités de régulation et démontrent une efficacité supérieure à celle des techniques de stérilisation par rayonnement, qui nécessitent des relâches continues.
Enjeux réglementaires et perspectives
Le projet a été bloqué pendant plus de quinze ans en raison d’un vide juridique : la USDA, qui gère les relâches d’insectes stériles depuis les années 1950, a d’abord rejeté la demande, puis la FDA a revendiqué la compétence en considérant le moustique génétiquement modifié comme un « produit vétérinaire ». Après cinq années d’examen, la FDA a finalement renvoyé le dossier à l’EPA, qui régule les pesticides. Cette incertitude a retardé l’obtention d’une autorisation américaine, alors que le pays possède les ressources nécessaires pour éradiquer les vecteurs locaux. La levée de ces obstacles réglementaires pourrait permettre une mise à l’échelle nationale, suivie d’une extension internationale, tout en limitant les impacts environnementaux associés aux insecticides chimiques.