Contexte et décisions récentes
Depuis l’été 2024, au moins dix municipalités et services de police ont résilié ou limité l’usage des systèmes de surveillance de Flock Safety. Parmi les villes concernées figurent Monroe (Ohio), Newburgh (New York), Richmond (Virginie), Hopkinton et New Bedford (Massachusetts), Lansing (Michigan), East Bridgewater et Grafton (Massachusetts), League City (Texas), Asheville (Caroline du Nord) et le bureau du shérif d’El Paso (Colorado). D’autres juridictions, comme Ithaca (New York) ou South Windsor (Connecticut), ont adopté des résolutions de retrait après avoir constaté des accès non autorisés aux bases de données d’ALPR. Au niveau étatique, la Floride a interdit les lecteurs de plaques d’immatriculation sur les autoroutes et le Texas a suspendu le financement de Flock.
Les motifs invoqués sont variés : protection de la vie privée, crainte d’une utilisation des données par des agences fédérales (ICE, ATF), et incidents d’abus, dont deux affaires de harcèlement où des officiers ont exploité les caméras pour suivre d’anciennes conjointes. Ces faits alimentent une méfiance croissante envers les technologies d’IA appliquées à la surveillance de masse.
Fonctionnement technique de la solution Flock
Flock commercialise une suite de capteurs : lecteurs de plaques d’immatriculation (ALPR), drones et microphones capables d’identifier les coups de feu grâce à un traitement en périphérie (edge computing). Plus de 100 000 caméras sont déployées aux États‑Unis. Les flux vidéo et les métadonnées sont stockés dans des centres de données privés, avec une période de conservation initiale de 30 jours, récemment réduite à sept jours pour les nouveaux clients. L’accès aux archives requiert désormais un « case code », un identifiant de dossier qui doit être fourni avant toute requête dans la base de données.
Flock affirme que chaque client possède ses propres données et contrôle les partages, précisant qu’elle ne vend pas les informations et n’a aucun contrat avec les services d’immigration. La société indique également que les données sont hébergées sur des serveurs sécurisés, mais ne détaille pas les mécanismes de chiffrement ni les audits de conformité.
Analyse des risques de confidentialité et d’abus
Le principal risque réside dans la centralisation de données d’identification (plaques d’immatriculation, localisation GPS) associées à des capacités de recherche transversale. Même avec la restriction du stockage à sept jours, les requêtes peuvent être exécutées en temps réel, permettant une surveillance continue. Les cas de harcèlement démontrent que les contrôles d’accès internes sont insuffisants : un agent a pu interroger la base sans supervision, violant ainsi les principes de minimisation des données.
Les résolutions municipales soulignent des accès non autorisés aux bases par des agences fédérales, ce qui indique une possible absence de clauses contractuelles de limitation d’usage. L’absence de transparence sur les protocoles de chiffrement et les audits de sécurité empêche d’évaluer le niveau de protection contre les intrusions externes ou les fuites de données.
Réponses de Flock et perspectives
En réponse aux critiques, Flock a annoncé la réduction du délai de conservation et l’obligation d’un case code, mesures destinées à limiter les requêtes indiscriminées. La société maintient que ses outils contribuent à la résolution de crimes graves et que les données restent la propriété des autorités locales.
Cependant, la dynamique actuelle montre que les collectivités privilégient davantage la gouvernance locale et la transparence. Plusieurs villes, comme Cleveland (Ohio), conservent le service tout en restreignant l’accès aux bases aux seules forces de police locales, excluant les centres régionaux de fusion. Cette évolution suggère que les fournisseurs de surveillance devront intégrer des mécanismes de contrôle d’accès granulaire et des audits indépendants pour regagner la confiance publique.