Contexte et objectifs du programme Rassvet
Le projet Rassvet, présenté comme la réponse russe à Starlink, vise à placer environ 300 satellites en orbite basse d'ici la fin de l'année prochaine, puis 924 d'ici 2035. La société Bureau 1440, responsable du programme, a annoncé le lancement de deux séries de satellites en mars et juillet 2026, totalisant 32 engins opérationnels. L’objectif déclaré est de fournir une connectivité sécurisée aux utilisateurs militaires et civils, en s’appuyant sur une constellation similaire à celle de SpaceX.
Ces ambitions reposent sur une architecture de satellites de petite taille, équipés de moteurs à plasma pour l’élévation d’orbite, et sur des lanceurs capables de déposer les charges à une altitude initiale inférieure à la cible finale de 800 km. Le plan initial prévoyait que chaque lot utilise ses propulseurs pour atteindre la hauteur de 500 miles (800 km) dans les mois suivant le déploiement.
Déploiement réel et performances orbitales
À ce jour, les 32 satellites lancés n’ont jamais dépassé les 300 miles (500 km) d’altitude. Douze des seize unités du premier lancement de mars se sont stabilisées à cette hauteur, selon l’Institut for the Study of War. Un suivi indépendant de Jonathan McDowell indique qu’un satellite supplémentaire pourrait bientôt franchir la barre des 300 miles, mais aucun n’a atteint la cible de 800 km.
Un satellite du lot de mars a désintégré l’atmosphère en juin, tandis que deux autres n’ont montré aucune manœuvre d’élévation depuis leur mise en orbite. Ces faits suggèrent que trois des trente‑deux engins ont subi des pannes totales, et que les deux autres pourraient rencontrer des dysfonctionnements similaires.
Analyse technique des moteurs à plasma et des limites observées
Les propulseurs à plasma, choisis pour leur faible consommation de carburant et leur capacité à fournir de petits delta‑v, nécessitent un allumage précis et une alimentation électrique stable. La non‑atteinte de l’orbite prévue indique soit un défaut de mise à feu, soit une perte d’énergie pendant la phase de montée. À 500 km, la densité atmosphérique reste suffisante pour créer une traînée qui ralentit les satellites, augmentant la charge sur les moteurs.
Le fait que plusieurs satellites n’aient effectué aucune manœuvre depuis plusieurs mois pointe vers un problème de contrôle de vol ou de communication avec le réseau au sol. Sans ces ajustements, les engins restent piégés dans une orbite suboptimale, réduisant la couverture et la durée de vie opérationnelle.
Implications pour la connectivité militaire russe
Un retard dans l’atteinte de l’orbite cible limite la portée du réseau Rassvet, surtout dans les zones frontalières où la couverture à 500 km est moindre que celle prévue à 800 km. Cette contrainte réduit l’utilité tactique du système pour les forces russes déployées en Ukraine orientale, où la résilience des communications est cruciale.
En outre, les échecs précoces affectent la crédibilité du programme auprès des décideurs et des partenaires industriels. Si les performances ne s’améliorent pas avant la fin de 2027, le calendrier de 300 satellites d’ici 2027 risque d’être révisé à la baisse, compromettant les objectifs de souveraineté numérique du pays.