Contexte et déclarations de RFK Jr.

Lors d’un événement « Make America Healthy Again » au Waldorf Astoria de Washington, le secrétaire à la santé Robert F. Kennedy Jr. a affirmé que l’intelligence artificielle rendrait obsolète le « tyrannie » des recommandations médicales. Il a déclaré que chaque Américain pourrait obtenir une « seconde opinion » d’une IA, prétendant que celle‑ci serait « mieux informée que n’importe quel médecin du pays ». Kennedy, qui ne possède aucune formation médicale, a illustré son propos en suggérant que l’IA pourrait contredire les masques, la distanciation physique ou l’efficacité vaccinale.

Réponses des modèles d’IA

Nous avons interrogé les deux principaux chatbots grand public, Google Gemini et ChatGPT, avec les mêmes questions posées par Kennedy. Les deux systèmes ont fourni des réponses conformes aux consensus scientifiques :

Question : Les masques fonctionnent‑ils pour prévenir la propagation des maladies infectieuses ?
Gemini : « Oui, les masques réduisent la propagation des maladies respiratoires ; leur efficacité dépend de la qualité, de l’ajustement et de l’adhésion collective. »

Pour la distanciation physique, Gemini a répondu : « Oui, la distanciation sociale est une mesure de santé publique efficace pour réduire la transmission des pathogènes respiratoires. » ChatGPT a donné une réponse similaire. Concernant les vaccins, les deux modèles ont indiqué que les vaccins peuvent prévenir infection et transmission, tout en précisant que le degré de protection varie selon le vaccin et le pathogène. Aucun des modèles n’a produit les réponses contraires attendues par Kennedy.

Analyse des limites et risques

Les réponses montrent que les LLM actuels reproduisent les connaissances présentes dans leurs bases d’entraînement, qui intègrent les lignes directrices des organisations sanitaires. Cette conformité n’implique pas que les modèles soient infaillibles ; ils restent sensibles aux prompts ambigus et peuvent halluciner lorsqu’ils sont sollicités sur des sujets peu documentés. De plus, la citation de Sam Altman, selon laquelle « il serait une faute professionnelle pour un médecin de diagnostiquer sans vérifier l’IA », reflète une tendance à considérer l’IA comme un outil d’aide, non comme un substitut. La dépendance excessive à ces systèmes pourrait entraîner des diagnostics erronés si les utilisateurs ignorent les avertissements de contexte et les incertitudes inhérentes aux modèles.

Enjeux de financement et conflits d’intérêts

L’événement a été partiellement financé par OpenAI et Anthropic, ainsi que par des acteurs du secteur de la santé comme Walmart, Grail, UnitedHealth, Elevance et Hims & Hers. Bloomberg Law indique que les packages de sponsoring pouvaient atteindre 300 000 $, incluant un créneau de prise de parole et un dîner privé avec Kennedy. Cette configuration crée un risque de capture d’influence, où les promoteurs d’IA pourraient être perçus comme légitimant des positions anti‑vaccins ou anti‑science, même si les modèles eux‑mêmes ne soutiennent pas ces thèses. Le contraste entre le financement privé et le message public de « libération » de la médecine souligne la nécessité d’une gouvernance transparente autour de l’usage de l’IA en santé.