Contexte scientifique
La géo‑ingénierie solaire, principalement sous forme d’injection d’aérosols sulfuriques dans la stratosphère (SAI), est étudiée comme moyen de réduire le forçage radiatif positif. Les simulations du GeoMIP indiquent qu’une injection de 5 Tg de soufre par an peut diminuer la température moyenne globale d’environ 0,5 °C. Cependant, les modèles montrent également des modifications de la précipitation régionale pouvant atteindre ±10 % et une réduction de l’ozone stratosphérique de 1‑2 %. Ces effets secondaires constituent le principal obstacle à une adoption sans cadre d’évaluation.
Structure du road map
Le document propose quatre étapes séquentielles : (1) recherche fondamentale, incluant 30 ans de simulations climatiques et 200 expériences de laboratoire sur la chimie du soufre ; (2) tests à petite échelle, limités à des volumes de 0,1 % du budget annuel de soufre (≈ 5 kt) afin de mesurer les réponses atmosphériques en temps réel ; (3) évaluation multidisciplinaire, combinant modèles climatiques, études d’impact socio‑économique et analyses de gouvernance ; (4) décision de déploiement, conditionnée par le respect de seuils quantitatifs (ex. : variation de l’ozone < 2 %, changement de précipitations < 5 %). Chaque phase intègre un comité d’examen indépendant composé de climatologues, toxicologues et juristes.
Analyse des risques et incertitudes
Le road map quantifie les incertitudes en utilisant des intervalles de confiance à 95 % issus des modèles CMIP6. Par exemple, la réduction prévue de l’albédo planétaire varie entre 0,3 % et 0,7 % selon la distribution latitudinale des aérosols. Le coût estimé de la phase de test à petite échelle est de 50 à 100 M$ par an, nettement inférieur aux 1‑2 Md$ annuels requis pour un déploiement à grande échelle. Le document souligne que les risques géopolitiques, tels que la « course aux albedos », ne sont pas capturés par les modèles climatiques et nécessitent des protocoles de transparence internationale.
Implications pour la gouvernance
Le cadre propose la création d’un registre public des expériences, alimenté par des API standardisées (REST, JSON) afin de garantir la traçabilité des émissions de soufre. Il recommande également l’adoption d’un mécanisme de « pause » déclenché automatiquement si les mesures d’ozone dépassent le seuil de 2 %. Enfin, le road map prévoit une révision quinquennale des critères de décision, basée sur les nouvelles données empiriques et les évaluations d’impact. Cette approche itérative vise à limiter les engagements financiers et environnementaux avant tout déploiement à l’échelle planétaire.