Découverte et observations

En 2025, une équipe dirigée par Agustín Sánchez‑Lavega a identifié autour du pôle sud de Saturne une onde atmosphérique à dix côtés, visible sur des images combinées provenant de l’observatoire de Trevor Barry (Australie) et de Jean‑Paul Oger (Association française d’astronomie). Les données du télescope spatial Hubble, remontant à 2023, confirment la persistance du décagone, qui n’était pas détecté dans les archives du vaisseau Cassini (2004‑2017) ni dans les images Hubble antérieures.

Le décagone s’étend autour de 60° de latitude sud et se déplace à environ 10 km/h, alors que le jet d’air qui le porte file à 420 km/h (260 mph). Cette différence de vitesse indique que la structure est une onde stationnaire relative au flux dominant, similaire à l’hexagone du pôle nord.

Mécanismes atmosphériques

Les observations à plusieurs longueurs d’onde montrent que le décagone apparaît à différentes altitudes, suggérant une structure verticale complexe. Les chercheurs ont modélisé l’interaction entre le jet est‑ouest et les ondes de Rossby, qui peuvent se stabiliser sous forme polygonale lorsqu’une contrainte de vitesse de cisaillement est présente. La latitude plus basse du décagone (60°S contre 78,5°N pour l’hexagone) modifie la dynamique du gradient de potentiel vorticité, favorisant la formation d’un polygone à dix côtés plutôt qu’à six.

Un anticyclone de 4 000 km de diamètre, qualifié de « Red Spot », se situe juste au nord du décagone. Les simulations numériques ont testé l’hypothèse d’une excitation forcée par ce vortex, mais aucune configuration n’a reproduit exactement la forme observée, ce qui indique que d’autres facteurs, comme la distribution de la pression ou la variation saisonnière de l’ensoleillement, interviennent.

Comparaison avec l’hexagone et implications

L’hexagone, découvert par les sondes Voyager (1980‑1981) et suivi pendant plus de 44 ans, reste stable malgré la disparition d’un vortex voisin. En revanche, le décagone est apparu récemment, alors que le pôle sud entre dans le printemps saturnien, augmentant l’exposition solaire de plusieurs dizaines de pourcents. Cette coïncidence suggère que l’accroissement du rayonnement solaire pourrait influencer la stabilité ou la formation de nouvelles ondes polygones.

Les deux structures partagent le même type d’onde, mais diffèrent par le nombre de côtés, la latitude et la robustesse apparente. Le décagone, moins robuste, pourrait se dissiper ou se renforcer selon l’évolution des jets et des vortex associés. Le suivi continu avec Hubble et les futures missions permettra de contraindre les modèles de dynamique atmosphérique des géantes gazeuses, en particulier les mécanismes de génération d’ondes stationnaires à grande échelle.