Contexte initial
En 2020, Shopify a adopté React Native pour éviter la duplication de code entre iOS et Android, permettre aux développeurs non‑spécialistes du mobile de contribuer et réduire le temps de mise en marché. Le cadre a fonctionné pendant plusieurs années, mais l’entreprise a dû investir continuellement dans l’optimisation des performances, la mise à jour des dépendances externes et le suivi des évolutions du framework.
Impact des grands modèles de langage
Shopify utilise des LLM depuis 2021, d’abord pour la génération de code, le débogage et les revues. À la fin de 2025, les agents étaient capables de traduire automatiquement une fonctionnalité iOS en Kotlin et vice‑versa, de créer des spécifications partagées et de valider les tests. Cette capacité a réduit le coût de maintien de la parité entre plateformes, un facteur clé qui justifiait initialement React Native. Le gain de productivité a été tel que la même fonctionnalité pouvait être implémentée en Swift/Kotlin avec un effort comparable à celui d’une implémentation unique en React Native.
Stratégie de migration
Face à ces nouvelles capacités, Shopify a comparé deux scénarios : une migration progressive (brownfield) ou une reconstruction totale (greenfield). Les prototypes ont montré que les agents pouvaient générer du code natif à partir du code React Native existant deux à trois fois plus rapidement que les équipes humaines seules. Le projet pilote du Shop app, qui compte plus de 300 écrans et plusieurs extensions (widgets, Apple Watch, Siri Shortcuts), a été refondu en 12 semaines grâce à l’assistance d’IA. Le même processus est en cours pour l’application Shopify principale, avec un déploiement prévu avant la fin de l’année. Pour éviter la génération de code non maintenable, Shopify a créé le système Helix, qui itère sur les sorties des LLM, impose des revues humaines à chaque boucle et ne progresse que lorsque le résultat atteint les critères de qualité définis.
Conséquences pour l’écosystème React Native
Shopify continuera à soutenir ses bibliothèques open source jusqu’en 2026. FlashList, avec environ 2 M de téléchargements par semaine, restera maintenue pour les correctifs critiques, tandis que Restyle sera archivée. Le fondateur de la bibliothèque, William Candillon, forkera le dépôt FlashList sous un nouveau nom et recherchera un nouveau steward. Cette transition montre que l’avantage de partage de code offert par React Native peut être neutralisé par des agents capables de reproduire rapidement le même comportement en natif, tout en conservant l’accès aux API de plateforme et aux outils de première partie.