Définition et origine
Le terme sousveillance désigne l'enregistrement d'une activité par un individu équipé d'un dispositif personnel, à l'inverse de la surveillance exercée par une autorité. Il a été introduit par le chercheur Steve Mann au début des années 2000. La racine française sur (« au‑dessus ») et sous (« en‑dessous ») souligne le déplacement du point de vue d'une caméra fixe vers un capteur porté sur le corps.
Technologies et architecture
Les implémentations courantes reposent sur des caméras miniatures intégrées à des lunettes, des casques ou des smartphones. Un exemple notable est le modèle de lunettes Ray‑Ban Meta, qui intègre deux capteurs vidéo dans la monture et transmet les flux via Wi‑Fi ou Bluetooth vers un smartphone. Le dispositif comprend généralement un capteur d'image CMOS, un processeur embarqué pour l'encodage H.264, une batterie lithium‑ion de 500 mAh et une carte mémoire micro‑SD de 32 Go. L'encodage en temps réel limite la bande passante à 2 Mbps, ce qui permet une diffusion en direct sur des plateformes publiques tout en conservant une copie locale.
Sur le plan logiciel, les systèmes utilisent des API de capture vidéo (ex. Android Camera2) et des bibliothèques d'encodage (ex. FFmpeg). Le flux est souvent encapsulé dans un conteneur MP4 et stocké avec des métadonnées horodatées, facilitant la vérification de la chronologie. Certains projets open‑source, comme le projet WearCam, offrent des scripts Python qui automatisent le déclenchement de l'enregistrement en fonction de mouvements détectés par un accéléromètre.
Applications et enjeux
Dans le domaine policier, la sousveillance dite « alibi » permet à un citoyen de documenter une interaction avec les forces de l'ordre, créant ainsi une preuve vidéo indépendante. Des études universitaires ont mesuré que, lorsqu'un enregistrement est disponible, les incidents de violence verbale diminuent de 15 % dans les contextes étudiés. Au niveau sociétal, la diffusion de flux en direct lors de manifestations offre une visibilité immédiate, mais elle expose également les participants à des risques de localisation via les métadonnées GPS intégrées.
Les conférences internationales, comme la « Sousveillance Culture Conference », ont souligné que la capacité de diffusion dépend fortement de la disponibilité d'un réseau 4G/5G stable. Dans les zones où la couverture est sporadique, les enregistrements restent stockés localement, limitant leur impact immédiat.
Limitations et perspectives
Les contraintes techniques majeures concernent l'autonomie énergétique et la capacité de stockage. Un enregistrement continu à 1080p consomme environ 200 mA, réduisant la durée de fonctionnement à moins de trois heures sans recharge. De plus, la compression vidéo entraîne une perte de détails qui peut compromettre la valeur probante en cas de litige juridique.
Sur le plan juridique, la législation varie selon les juridictions : certains pays interdisent l'enregistrement audio sans consentement, d'autres imposent des restrictions sur la diffusion d'images de tiers. Ces divergences créent une incertitude pour les utilisateurs qui souhaitent exploiter la sousveillance à des fins de transparence.
Les recherches futures se concentrent sur l'intégration de l'intelligence artificielle embarquée pour détecter automatiquement les scènes à risque et déclencher l'enregistrement sélectif, réduisant ainsi la consommation d'énergie et les problèmes de confidentialité liés à la capture continue.