Contexte du vol
Le 28 septembre 2024, SpaceX a effectué le premier vol orbital intégré du lanceur Starship, composé du propulseur Super Heavy et du vaisseau Starship. Le site de lancement était la base de Boca Chica, Texas, où les deux étages ont été assemblés sur le pad de lancement. L’objectif principal était de valider la capacité du système à atteindre l’orbite terrestre, à séparer les deux étages et à tester les premiers paramètres de rentrée atmosphérique du vaisseau.
Architecture et performances
Super Heavy mesure 69 m de hauteur et regroupe 33 moteurs Raptor à combustion stœchiométrique, chaque moteur délivrant environ 2 MN de poussée au décollage, soit un total proche de 66 MN. Starship, haute de 50 m, porte six moteurs Raptor Vacuum, chacun fournissant près de 2 MN en vide, pour une poussée additionnelle d’environ 12 MN. Le couple des deux étages représente donc près de 78 MN de poussée au décollage, capable de soulever plus de 5 000 t de masse au sol. La capacité annoncée du système est de 100 à 150 t en orbite basse, ce qui ouvre la voie à des missions lunaires et interplanétaires.
Déroulement du lancement
Le compte à rebours a culminé à 12:33 UTC. Les 33 moteurs du Super Heavy ont démarré simultanément, générant une poussée maximale qui a propulsé le lanceur hors du pad. La phase de vol initiale a duré environ 150 secondes, pendant lesquelles le véhicule a atteint une vitesse de Mach 4, puis a amorcé la séparation des deux étages. La séparation a eu lieu à 2 minutes 30 secondes après le décollage, conformément au plan de vol. Immédiatement après la séparation, le système de contrôle du Super Heavy a signalé une perte de pression dans le réservoir d’oxygène liquide, entraînant une réduction de poussée imprévue.
Analyse des anomalies et implications
La perte de pression a provoqué une déviation de la trajectoire du propulseur, qui s’est éloigné de la zone de sécurité prévue. Le système de sécurité a déclenché le mode d’arrêt d’urgence, entraînant la destruction du Super Heavy à environ 4 minutes de vol. Starship a continué brièvement en vol libre avant d’être également désactivé par le système de terminaison. Aucun débris majeur n’a atteint les zones habitées, mais le vol a permis de collecter des données cruciales sur le comportement des moteurs Raptor en vol, sur les mécanismes de séparation et sur les réponses du système de contrôle face à une perte de pression. Ces informations alimenteront les itérations de conception, notamment le renforcement des réservoirs cryogéniques et l’optimisation des algorithmes de guidage. Malgré l’échec de l’atteinte de l’orbite, le test constitue la première tentative orbitale du système complet, un jalon indispensable avant les missions lunaires prévues dans le cadre du programme Artemis et les futurs vols interplanétaires.