Contexte et enjeux

StrongestLayer Inc., startup spécialisée en sécurité des e‑mails alimentée par l’intelligence artificielle, a présenté deux nouveaux services destinés aux organisations qui utilisent la messagerie comme vecteur de transactions financières. Au deuxième trimestre, l’entreprise a analysé 32 052 attaques qui avaient franchi les défenses existantes dans 45 organisations. Bien que seules 3,6 % de ces messages contenaient des demandes de paiement ou de modification de coordonnées bancaires, ils représentaient plus de 98 % de l’exposition financière estimée. De plus, 94 % de ces e‑mails ont passé les contrôles d’authentification de l’expéditeur, montrant les limites des filtres traditionnels basés sur l’expéditeur.

Fonctionnement d’Intent Workflows

Intent Workflows intercepte les e‑mails contenant des requêtes de paiement, de paie ou de modification de comptes exécutifs. Le système compare chaque demande avec l’historique du bénéficiaire et applique un seuil configurable (ex. toutes les transactions ou uniquement celles supérieures à 5 000 $). Si la demande correspond à un modèle habituel, le propriétaire du compte peut la valider en un clic via Microsoft Teams ou directement par e‑mail. En cas d’anomalie – nouveau fournisseur, changement de coordonnées ou montant inhabituel – le message est retenu jusqu’à ce qu’un appel soit passé au numéro de téléphone enregistré, et l’action est consignée avant libération. Les organisations peuvent choisir d’afficher une bannière de politique sur les messages suivis, indiquant par exemple « Bank change : appeler le numéro enregistré ». Cette approche transforme la vérification d’une transaction en une étape explicite plutôt qu’en une décision automatisée basée sur une simple règle de filtrage.

Fonctionnement d’AI Instruction Intercept

AI Instruction Intercept agit en amont des assistants IA tels que Microsoft 365 Copilot ou Google Gemini. Chaque e‑mail est d’abord analysé par un modèle de raisonnement qui recherche des instructions cachées – typiquement des prompts injectés visant à manipuler l’assistant pour extraire des données ou exécuter des actions non autorisées. Le modèle s’appuie sur le contexte métier du client (règles internes, listes d’instructions autorisées) pour déterminer la légitimité. Les messages suspectés sont automatiquement mis en quarantaine, accompagnés d’une explication détaillant l’instruction détectée. Cette couche de filtrage répond à la vulnérabilité « EchoLeak » découverte l’an dernier dans Copilot, où un seul e‑mail pouvait déclencher une fuite de données.

Impacts, limites et perspectives

En combinant la vérification transactionnelle et le filtrage des prompts IA, StrongestLayer comble deux vecteurs d’attaque qui échappent aux contrôles d’authentification classiques. Le fait que 94 % des messages malveillants passent les contrôles d’expéditeur souligne l’importance d’une analyse sémantique du contenu. Cependant, la solution repose sur la capacité des équipes à définir des seuils pertinents et à maintenir à jour les historiques de payeurs, ce qui peut générer une charge opérationnelle supplémentaire. De plus, la détection de prompts cachés dépend de la qualité du modèle de raisonnement ; des instructions très subtiles ou nouvelles pourraient ne pas être reconnues immédiatement. Enfin, la mise en œuvre nécessite l’intégration avec les suites Microsoft 365 ou Google Workspace déjà en place, ce qui peut limiter l’adoption dans des environnements hétérogènes. Malgré ces contraintes, les deux produits offrent une réponse concrète aux attaques de type « vendor email compromise » et aux risques émergents de prompt injection, en plaçant la décision humaine au cœur du processus de validation.