Contexte du projet et architecture technique
Konti‑Skan Connect était prévu comme un lien haute tension à courant continu (HVDC) entre le sud‑ouest de la Suède et le Jutland danois. Le câble devait remplacer les deux lignes existantes, Konti‑Skan 1 et 2, dont la capacité combinée approche les 1 200 MW. Le choix du HVDC permet de réduire les pertes sur la distance de 70 km et d’assurer une régulation fine du flux transfrontalier, indispensable dans un système où le Danemark intègre plus de 50 % d’énergie éolienne.
Le projet était intégré au plan d’investissement de Svenska kraftnät, l’opérateur du réseau suédois, et co‑développé avec Energinet, l’équivalent danois. La mise en service était prévue pour 2029, avec un budget estimé à 2,5 milliards d’euros, financé en partie par les revenus de congestion générés par le réseau national.
Mécanisme des revenus de congestion et enjeux financiers
En Suède, les revenus de congestion – appelés « congestion income » – s’accumulent lorsque les prix de l’électricité divergent entre zones d’enchères et que la capacité du réseau limite les échanges. Au dernier trimestre, le compte de congestion de Svenska kraftnät contenait environ 85 milliards de SEK (≈ 7,3 milliards d’euros). Les prévisions indiquent un afflux supplémentaire de 130 milliards de SEK (≈ 11,2 milliards d’euros) sur la prochaine décennie.
Ces fonds sont traditionnellement réinvestis dans l’extension du réseau, mais le gouvernement suédois réclame une plus grande flexibilité d’usage : financement de la production domestique (hydro, nucléaire, renouvelables) et soutien aux consommateurs en période de crise. L’UE propose de lier strictement ces revenus à des projets d’infrastructure transfrontalière, afin d’éviter que des pays retiennent des capitaux qui pourraient servir à désengorger le marché commun.
Implications pour le réseau nordique et la politique énergétique européenne
Le gel de Konti‑Skan Connect constitue un levier de négociation pour Stockholm. En suspendant un investissement de 2,5 milliards d’euros, la Suède signale que la libéralisation des flux financiers ne peut se faire au détriment de ses priorités nationales. Le retard affecte la capacité d’exportation du sud‑suédois, où les prix restent supérieurs à ceux du nord, et pourrait accentuer la dépendance aux importations danoises, notamment lors des pics de production éolienne.
Pour le marché nordique, l’interruption augmente le risque de déséquilibre entre les zones de prix, car les deux lignes existantes vieillissent et leur capacité diminue. Le scénario de congestion pourrait se traduire par une hausse de 5 à 10 % des prix spot dans le sud de la Suède pendant les périodes de forte demande, selon les modèles de flux de l’opérateur.
Au niveau européen, le différend illustre la tension entre l’objectif d’interconnexion – essentiel pour la sécurité d’approvisionnement et l’intégration des renouvelables – et la souveraineté budgétaire des États membres. La décision suédoise pourrait inciter d’autres pays à conditionner leurs projets transfrontaliers à des accords sur la destination des revenus de congestion, ralentissant ainsi la réalisation du package réseau de l’UE.