Contexte et données clés
Team8 a publié une étude intitulée The Emerging Manager Paradox qui s’appuie sur les bases Preqin, PitchBook et une décennie de classements Forbes Midas List. Elle indique que les partenaires limités (LP) allouent seulement 6 % de leurs engagements prévus pour 2025 à des fonds de moins de 50 M$, le niveau le plus bas depuis l’effondrement du boom dot‑com. Le même rapport montre que les fonds de première génération lèvent en moyenne 20 M$ entre les millésimes 2021 et 2025, ce qui, au taux de gestion standard de 2 %, ne génère qu’un budget annuel d’environ 400 000 $ pour couvrir salaires, loyers et conformité.
Environ un tiers des engagements du premier fonds provient d’investisseurs institutionnels ; le reste est fourni par des particuliers fortunés, des family offices et des alloueurs spécialisés dans les managers émergents. Le taux de survie est faible : seulement un fonds sur trois parvient à lever un second fonds.
Analyse des performances des fonds émergents
L’étude compare le taux de rendement interne net (IRR) médian des fonds novices à celui des gestionnaires établis sur les années de vintage 2000‑2022. Les fonds de première génération surpassent leurs homologues plus anciens dans la plupart des années, avec un pic en 2008 où l’écart atteint 15 points de pourcentage. Cette supériorité s’explique, selon Team8, par une plus grande flexibilité d’allocation et une exposition accrue aux secteurs à forte croissance comme la cybersécurité, l’infrastructure logicielle et la fintech, domaines où Team8 détient déjà 1,8 M$ d’actifs sous gestion.
L’analyse des entrées du Midas List (2016‑2025) révèle que près de 50 investisseurs apparaissent au moins sept fois. Parmi eux, 70 % ont déjà créé ou dirigé une entreprise avant de devenir investisseurs, 20 % sont des VC de carrière sans expérience opérationnelle, et 10 % n’ont aucun de ces antécédents. Cette répartition indique que l’expérience opérationnelle reste le critère dominant pour soutenir des fonds de petite taille.
Implications pour les investisseurs institutionnels
Rafi Aviav de WisdomTree souligne que les coûts de diligence, de suivi et de partenariat restent similaires quel que soit le ticket moyen. Ainsi, de multiples petits engagements augmentent le coût administratif par dollar investi, ce qui décourage les LP de diversifier leurs allocations vers de nombreux fonds émergents. En revanche, les fonds qui réussissent les tests de « readiness » institutionnelle sont souvent surabonnés, ce qui crée un effet de verrouillage pour les LP qui attendent des signaux de performance.
Le rapport propose trois principes de conception pour atténuer ces frictions : (1) standardiser les infrastructures de back‑office, de gouvernance et de reporting afin de réduire les frais de création ; (2) répartir l’exposition sur plusieurs managers et millésimes pour limiter le risque de concentration ; (3) mettre en place des structures de « warehousing » et des fonds créés par étapes basés sur des jalons de performance, afin de générer des signaux plus tôt dans le cycle de vie du fonds.
Enfin, la concentration du capital reste prononcée : neuf firmes ont capté environ 50 % du total des fonds levés aux États‑Unis en 2024, avec Andreessen Horowitz, Thrive Capital et Founders Fund représentant 48 % des dollars levés au premier semestre. Cette dynamique renforce la pression sur les petits fonds pour se différencier par la spécialisation sectorielle et l’efficacité opérationnelle.