Contexte du projet Cybertruck

Lorsque le Cybertruck a été présenté en novembre 2019, Tesla a annoncé une capacité de production de 125 000 unités par an, avec un objectif de ventes annuel de 250 000 à 500 000 véhicules. Le modèle était présenté comme le premier pick‑up électrique grand public, soutenu par une campagne de réservations où chaque client ne devait verser qu’un dépôt de 100 $, remboursable.

Performances financières et techniques

Les chiffres cités par Ben McCombe indiquent que, sur trois ans, Tesla a vendu 70 000 Cybertrucks, dépensé 2 milliards de dollars en recherche et développement et généré seulement 100 millions de dollars de profit brut, soit un déficit net d’environ 1,9 milliard de dollars. Le coût de production réel était près du double du prix initialement annoncé, tandis que l’autonomie réelle était réduite de moitié par rapport aux spécifications prévues. En termes de rapport coût‑performance, la distance parcourue par dollar était d’environ ¼ de ce qui était attendu.

Chronologie des lancements post‑Straubel

J.B. Straubel a quitté le poste de CTO en juillet 2019. Le Model Y, dévoilé en mars 2019, a commencé les livraisons en janvier 2020, soit moins d’un an après son annonce. En revanche, le Cybertruck, présenté en novembre 2019, n’a vu ses premières livraisons que quatre ans plus tard, en 2023, ce qui représente un écart de temps nettement supérieur à celui observé pour le Model Y. Depuis le départ de Straubel, les seuls nouveaux produits annoncés sont le Cybercab, actuellement en production, et des versions rafraîchies de véhicules existants. Le Megapack, solution de stockage d’énergie, a été lancé le même mois que le départ de Straubel, mais aucune nouvelle gamme de véhicules grand public n’a été introduite.

Analyse de l’impact du départ du CTO

Le contraste entre le cycle de mise sur le marché du Model Y et celui du Cybertruck suggère une perte de rapidité d’exécution dans les projets de grande envergure. La présence d’un CTO technique, tel que Straubel, a historiquement apporté une modération entre les ambitions de Musk et les contraintes d’ingénierie. Sans cette fonction, les projets peuvent subir des dépassements de coûts et des retards, comme le montre le déficit de 1,9 milliard de dollars du Cybertruck. Le Semi, dévoilé en novembre 2017, reste en retard en raison de problèmes d’approvisionnement en batteries, illustrant une difficulté récurrente à aligner la vision produit avec les capacités de production. En l’absence de nouveaux lancements majeurs, Tesla s’appuie principalement sur les revenus du Model 3, Model Y et des solutions d’énergie, ce qui limite la diversification de son portefeuille produit.