Contexte du pitch

Le 3 septembre, Tesla a diffusé un formulaire d’intérêt destiné aux entreprises souhaitant acquérir des Cybercabs et les exploiter sur son réseau de robotaxis. Cette proposition reprend le discours d’Elon Musk depuis l’Autonomy Day 2019, où il annonçait un revenu brut de 30 000 $ par véhicule et par an et qualifiait les véhicules de « actifs qui s’apprécient ». Le même discours incluait la vente d’un forfait Full Self‑Driving (FSD) à 15 000 $, vendu comme condition indispensable pour générer ces revenus.

Analyse économique du modèle

Le modèle repose sur un transfert de capital et de risque : l’acheteur finance le coût d’acquisition du Cybercab, supporte la dépréciation et les frais d’entretien, tandis que Tesla conserve la propriété du logiciel, du dispatch et du tarif. Si chaque véhicule rapportait réellement 30 000 $, la logique économique inciterait Tesla à garder les voitures en interne pour capter la totalité du revenu logiciel et de la marge sur chaque course. En pratique, la société ne partage jamais les gains, ce qui indique que le revenu net par véhicule est bien inférieur au seuil annoncé.

De plus, Tesla a réduit les prix de vente des nouveaux modèles pendant deux années consécutives, ce qui a accéléré la dépréciation des véhicules. Selon les données de MisterGreen, la perte de valeur des Cybercabs était trois fois supérieure à la moyenne du marché de l’occasion. Cette dynamique rend le retour sur investissement négatif dès la première année, même sans compter les coûts opérationnels.

Cas MisterGreen et limites observées

MisterGreen, société néerlandaise de leasing, a acheté plus de 4 000 Cybercabs en misant sur la promesse d’appreciation et de revenu robotaxi. En décembre 2025, l’entreprise a déclaré faillite, entraînant une perte de 40 millions de dollars pour ses obligataires. Aucun des véhicules n’a pu être exploité comme robotaxi, car le service reste exclusivement géré par Tesla. Le cas illustre la concentration du risque financier sur l’acheteur, alors que la marge logicielle reste entièrement dans les mains du constructeur.

Un autre opérateur, actif à Los Angeles entre 2018 et 2020, a également interrompu son activité dès que le revenu prévu n’est pas arrivé, confirmant la récurrence du problème.

Implications pour les futurs acheteurs

Le modèle de Tesla s’apparente comme une stratégie d’« asset‑light » : la société vend le matériel, absorbe le CAPEX et la dépréciation, et conserve les revenus à forte marge du logiciel. Les acheteurs se retrouvent avec un actif dont la valeur diminue rapidement et sans source de revenu fiable. Avant de signer, il faut comparer le coût d’acquisition (incluant le FSD à 15 000 $) avec le revenu réel observable, qui à ce jour reste nul. Sans transparence sur les performances du réseau robotaxi, le risque économique demeure largement déséquilibré en faveur de Tesla.