Chronologie des publications
Le Guardian a publié son premier document le 6 juin 2013 et a continué jusqu’en février 2014, date à laquelle il a cessé de publier. Der Spiegel a arrêté en janvier 2015, tandis que The New York Times et ProPublica ont mis fin à leurs publications en août 2015. The Intercept a maintenu un flux limité jusqu’à la fermeture de son archive en mars 2019, puis a diffusé le dernier lot le 29 mai 2019, soit onze semaines après la fermeture.
Ces dates montrent une contraction progressive du nombre de médias capables de traiter les documents, passant d’une dizaine de partenaires en 2013 à aucun après 2019.
Mécanismes de diffusion et chiffrement
Le 31 mars 2013, Edward Snowden a envoyé à Laura Poitras un lien vers un fichier chiffré nommé
astro_noise. Aucun des destinataires ne possédait la clé à ce moment‑là. Le 21 mai 2013, il a transmis les clés d’une archive baptisée Pandora, contenant environ 50 000 documents. Cette archive a été répartie en trois copies : une à Trevor Timm (Freedom of the Press Foundation), une à un individu anonyme et une à un tiers non identifié. Dale Maharidge a également conservé une copie, confirmée en 2017.Glenn Greenwald a reçu sa copie le 1 juin 2013, l’a lue en vol vers Hong Kong, et le Guardian a déclaré posséder environ 58 000 documents. Les copies restent chiffrées ; la plupart des détenteurs ne disposent pas des clés, ce qui crée un « single point of failure » identifié par Snowden en mai 2013.
Facteurs de l’arrêt de la diffusion
Plusieurs arguments sont avancés : les documents « ont vieilli », les priorités éditoriales ont changé, et le budget limité des organes de presse a réduit la capacité à analyser un volume de plusieurs dizaines de milliers de fichiers. Le Guardian a également subi un D‑notice britannique en juin 2013, limitant la diffusion de certains contenus sensibles.
Les études de Vian Bakir et Andrew McStay (2018) montrent que, pendant les deux années suivant les révélations, la plupart des médias britanniques ont adopté une ligne pro‑surveillance, reléguant les droits à la vie privée au second plan. Cette orientation éditoriale a détourné l’attention du public des documents bruts, réduisant l’incitation à publier de nouveaux extraits.
Perspectives et incertitudes
En 2022, Poitras a affirmé que l’archive « existe toujours » et recèle « une quantité massive d’informations non exploitées ». Greenwald, en 2023, estime que le nombre total de documents dépasse « des centaines de milliers ». Malgré ces déclarations, aucune entité n’a publié de nouveau document depuis 2019, et aucune clé supplémentaire n’a été rendue publique. L’absence de transparence sur l’état des copies chiffrées rend difficile d’évaluer la viabilité future de l’archive.