Contexte et objectifs
Amazon a signé un accord avec X‑energy et American Electric Power (AEP) pour financer la construction d’une nouvelle installation nucléaire à Fairbanks, dans le comté de Sullivan, Indiana. Le site doit remplacer la centrale à charbon désaffectée Breed Generating Station et fournir jusqu’à 960 MW d’énergie sans carbone, à la fois au réseau régional et aux data centers d’Amazon.
Le projet prévoit la création potentielle de 1 000 emplois de construction et de 100 postes permanents, bien que le calendrier de mise en service n’ait pas été communiqué. Aucun détail financier n’a été rendu public, ce qui empêche toute comparaison avec le projet avorté de Marble Hill, abandonné en 1983 après 2,5 milliards de dollars d’investissements.
Technologie Xe‑100 et architecture SMR
La centrale s’appuiera sur 12 réacteurs SMR Xe‑100, des petits réacteurs modulaires d’environ 80 MW chacun, encore en phase de développement et de licence. Les SMR offrent une taille réduite, une fabrication en usine et une installation plus rapide que les réacteurs classiques, mais leur certification réglementaire reste en cours aux États-Unis.
Les Xe‑100 peuvent être refroidis par air, par eau ou par une solution hybride. Cette flexibilité vise à limiter la consommation d’eau dans les régions où la ressource est rare, un argument clé pour le choix du site indiens où la disponibilité hydraulique est limitée.
Implications pour le réseau et les data centers
Avec 960 MW de capacité, la centrale pourrait couvrir une part significative de la demande locale et réduire la dépendance aux sources fossiles, notamment le charbon remplacé par le site Breed. Pour les data centers d’Amazon, l’énergie nucléaire fournirait une source stable et bas carbone, alignée avec les engagements de durabilité de l’entreprise.
Ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large : Amazon et X‑energy visent à déployer plus de 5 GW de nouvelles capacités nucléaires aux États-Unis d’ici 2039. La première installation, le Cascade Advanced Energy Facility dans l’État de Washington, prévoit également 12 réacteurs et ne devrait commencer la construction qu’à la fin de la décennie. D’autres géants du numérique – Meta, Microsoft, Google – explorent des projets similaires pour alimenter leurs centres d’intelligence artificielle.
Enjeux et limites
Le principal risque réside dans la phase de licence : les SMR Xe‑100 n’ont pas encore obtenu d’autorisation d’exploitation, ce qui peut retarder le démarrage de plusieurs années. La complexité du système de refroidissement hybride ajoute des exigences d’ingénierie et de maintenance, tandis que l’absence de transparence sur les coûts rend difficile l’évaluation économique du projet.
Le précédent de Marble Hill montre que les projets nucléaires peuvent subir des dépassements budgétaires et des abandons. Sans données précises sur le financement d’Amazon, il reste incertain si le modèle de partenariat public‑privé pourra éviter ces écueils. La viabilité à long terme dépendra donc de la réussite de la certification des SMR, de la maîtrise des coûts et de la capacité à intégrer l’énergie produite dans le réseau sans perturber la stabilité du système électrique.