Contexte et objectifs

Neural Concept SA, créée en 2019 en Suisse, fournit des plateformes d’ingénierie augmentées par l’IA aux constructeurs automobiles, aérospatiaux, énergétiques, électroniques et de défense. L’entreprise a présenté le Model Context Protocol Bridge (MCP Bridge), une interface qui permet à des agents d’intelligence artificielle d’interagir directement avec des logiciels commerciaux de conception assistée par ordinateur (CAD) et de simulation (CAE). L’objectif déclaré est de réduire le temps consacré aux tâches répétitives de préparation de modèles numériques, tout en conservant la maîtrise des licences logicielles et des données par les entreprises.

Fonctionnement du MCP Bridge

Le MCP Bridge agit comme un protocole d’intermédiation entre l’agent IA et les API propriétaires des outils CAD/CAE. Il traduit les intentions de l’agent – par exemple « nettoyer la géométrie » ou « générer un maillage » – en appels de fonctions compatibles avec le logiciel cible. Cette traduction repose sur un modèle de contexte qui décrit les paramètres d’entrée attendus (géométrie, tolérances, matériaux) et les sorties requises (mesh, rapports de simulation). Le modèle conserve la logique métier du logiciel, ce qui évite que l’IA modifie le code source du produit. Ainsi, les entreprises conservent la propriété intellectuelle du logiciel et des données générées.

Impact sur les cycles d’ingénierie

Dans un cas client, le nettoyage de la géométrie d’une jante de roue a été réalisé en trois minutes grâce au MCP Bridge, contre une journée complète avec la méthode manuelle traditionnelle. Cette réduction de facteur 480 montre le potentiel de gain de productivité. De façon plus générale, les étapes de préparation de modèles virtuels – récupération de la géométrie, nettoyage, maillage – sont souvent les plus longues, pouvant s’étendre sur plusieurs semaines avant que les simulations haute fidélité ne soient lancées. En confiant ces tâches à un agent IA, le délai passe de plusieurs semaines à quelques heures, libérant ainsi les ingénieurs pour des analyses de conception plus complexes. Un ingénieur de Traton SE rapporte que le passage d’un article de recherche à un script validé dans la chaîne de simulation a été raccourci à quelques jours, contre plusieurs semaines auparavant.

Limites et perspectives

Le MCP Bridge dépend de la disponibilité et de la stabilité des API des fournisseurs de logiciels CAD/CAE. Toute modification de ces interfaces peut nécessiter une mise à jour du protocole, ce qui introduit un risque de rupture. De plus, la qualité du résultat reste conditionnée par la précision du modèle de contexte fourni par l’entreprise : des paramètres mal définis peuvent entraîner des maillages non conformes ou des simulations erronées, obligeant les ingénieurs à valider chaque sortie. Enfin, la sécurité des données sensibles (spécifications, propriétés des matériaux) repose sur les mécanismes de contrôle d’accès implémentés par le client, le bridge n’étant qu’un relais. Malgré ces contraintes, le concept ouvre la voie à une automatisation plus large des environnements de conception, notamment par l’intégration de pipelines CI/CD pour la génération de jumeaux numériques.