Contexte et découverte

En mars 2026, Anthropic a créé un groupe de recherche dédié à l’accélération des découvertes biologiques par IA. En moins de 21 heures, environ 950 agents Claude ont parcouru une base de données massive de séquences d’ADN, consommant près de 210 millions de tokens, pour identifier un motif répété adjacent à un gène de reverse transcriptase (RT) provenant d’un phage jumbo. Cette exploration a conduit à la mise en évidence d’un système enzymatique inédit, nommé array‑associated reverse transcriptases (ART), dont la fonction exacte reste à déterminer.

Architecture du système ART

Le cœur du système est une reverse transcriptase capable de synthétiser de l’ADN à partir d’ARN, similaire aux RT classiques des rétrovirus. Ce RT était déjà répertorié dans la littérature, mais Claude a été le premier à remarquer deux éléments supplémentaires : une array de séquences d’ADN non codantes, rappelant les répétitions CRISPR, et une protéine accessoire d’origine inconnue. La co‑localisation de ces trois composants (RT, array et protéine accessoire) n’a été observée que dans un petit nombre de systèmes programmables capables de couper, copier ou coller de l’ADN, ce qui suggère une architecture fonctionnelle potentiellement similaire à celle du système CRISPR‑Cas.

Analyse fonctionnelle et perspectives

Les arrays associés aux ART contiennent des motifs répétés qui pourraient servir de guides moléculaires, comme les crRNA du CRISPR. Si tel est le cas, le RT pourrait être recruté pour intégrer des séquences d’ARN dans le génome cible, offrant une voie de « reverse‑CRISPR » où l’information RNA serait écrite dans l’ADN. La protéine accessoire, encore non caractérisée, pourrait jouer un rôle de nuclease ou de régulateur, complétant le cycle d’édition. Cette hypothèse s’appuie sur le fait que les seuls systèmes connus combinant RT et arrays répétés (par exemple les systèmes RT‑Cas) exécutent des opérations de transcription inverse ciblée. La découverte d’ART ouvre donc la possibilité de développer de nouveaux outils de génie génétique, notamment pour des applications où l’insertion d’ARN‑cible est souhaitée.

Limites et travaux futurs

À ce stade, la fonction biologique exacte des ART demeure inconnue ; aucune activité enzymatique n’a encore été démontrée in vitro. Les expériences en laboratoire, menées par des scientifiques humains, ont confirmé la présence du système dans des bactériophages, mais les essais de coupe ou d’insertion d’ADN restent à réaliser. De plus, la dépendance à une base de données publique implique que d’éventuels biais de séquençage pourraient masquer d’autres variantes du système. Le pré‑print publié par Anthropic détaille la méthodologie de recherche et invite la communauté à reproduire les résultats, à caractériser la protéine accessoire et à explorer les potentialités de programmation du système ART.