Contexte géologique et méthodologie

Le Diamantina Fracture Zone, s’étendant sur environ 1 200 km le long de la dorsale sud‑est indienne, résulte du détachement des continents australien et antarctique entre 60 Ma et 50 Ma. La topographie du plancher océanique, dominée par le blocage faultique, crée des dépressions abyssales dont le point le plus profond, le Dordrecht Deep, atteint 7 079 m selon les mesures du capteur CTD du sous‑mersible habité Fendouzhe en 2023. Entre le 8 février et le 17 mars 2023, l’équipage du R/V Tansuoyihao a réalisé 32 plongées avec le Fendouzhe (capacité jusqu’à 11 000 m). Ces missions ont permis de cartographier la distribution des carcasses et des fossiles sur une bande de 4 616 à 7 001 m de profondeur.

Caractéristiques des nécropoles et communautés

Les observations ont identifié cinq communautés de baleines vivantes en décomposition et 476 spécimens fossiles de cétacés, dont des dauphins à bec allongé aujourd’hui disparus. Les carcasses actives hébergent des assemblages spécialisés : des ophiuroids (étoiles de mer fragiles), des vers perforateurs d’os et des bivalves à nutrition chimiosynthétique. Les fossiles, partiellement enfouis dans des sédiments mous et recouverts d’oxydes Fe‑Mn, témoignent d’une persistance de ces habitats depuis au moins 5,3 Mans, date établie par la datation isotopique du carbonate osseux. La densité moyenne de sites fossiles est de 0,4 site km⁻¹, avec un pic de 485 sites recensés le long du tracé étudié.

Implications pour la biogéographie et l’évolution des cétacés

La concentration exclusive des chutes de baleines et des fossiles à l’intérieur de la zone Diamantina, sans occurrences détectées à l’extérieur, indique une barrière biogéographique liée aux conditions physico‑chimiques de l’abysse. La profondeur supérieure à 4 000 m, la température stable près de 2 °C et le régime hydrodynamique limité favorisent le développement de communautés à faible apport de matière organique, où la chute d’une carcasse représente une source d’énergie ponctuelle. Cette dynamique explique la présence de taxa spécialisés, absents des chutes en eaux moins profondes. Le registre fossile, couvrant plus de 5 Mans, offre un aperçu unique de la diversification des cétacés plongeurs profonds, incluant des lignées aujourd’hui éteintes. En outre, la persistance de ces habitats suggère que les fonds abyssaux peuvent servir de réservoirs génétiques, conservant des informations évolutives qui échappent aux sédiments plus superficiels.