Contexte du marché

Le secteur indien de la livraison de repas est dominé par Zomato et Swiggy, qui comptent entre 85 et 95 millions de clients payants chaque année selon Bernstein. Malgré cette concentration, le marché croît de 18 % à 20 % annuellement, tandis que la livraison en ligne ne représente que 15 % du chiffre d’affaires global de la restauration. Cette dynamique laisse une marge de progression importante pour de nouveaux acteurs capables de réduire les coûts de transaction.

Architecture du service Flipkart

Flipkart teste actuellement son service de livraison exclusivement auprès de ses salariés, un groupe passé de quelques centaines à plus de 8 000 employés. Le service apparaît comme un onglet dédié dans l’application principale, aux côtés de "Minutes" (quick‑commerce) et des réservations de voyages. Il s’appuie sur le réseau ONDC, une infrastructure gouvernementale qui fédère les restaurants de multiples plateformes, tout en intégrant des établissements recrutés directement par Flipkart. La logistique est assurée par Ekart, la branche livraison du groupe, qui a déployé une flotte de coursiers distincte de celle utilisée pour le commerce rapide, afin d’isoler les flux de repas des flux de produits.

Modèle économique et impact potentiel

Flipkart propose un taux de commission de base d’environ 10 % aux restaurants, contre 20 % à 25 % pratiqués par les deux géants. En incluant publicités, remises et autres promotions, les plateformes existantes font grimper le coût total à 40 %‑50 % du montant d’une commande, alors que Flipkart vise 15 %‑16 %. Cette réduction pourrait permettre aux restaurateurs de conserver davantage de marge. Du côté des consommateurs, Bernstein estime que l’efficacité du nouveau modèle pourrait se traduire par une économie de 20 ₹ à 30 ₹ (20‑30 cents) par commande, un gain modeste face à la fidélité déjà acquise par Zomato et Swiggy.

Enjeux et limites

Le principal défi reste l’acquisition de clients. Même si les économies potentielles sont réelles, elles pourraient ne pas suffire à détourner les utilisateurs des plateformes établies, qui peuvent réagir en augmentant leurs propres remises. De plus, les données publiques sur les algorithmes de tarification, la capacité de la flotte Ekart et les performances du service pendant le test restent limitées, ce qui rend difficile d’évaluer la scalabilité du modèle. Enfin, la stratégie de lancement prévoit une ouverture publique d’ici fin octobre et une expansion vers cinq ou six villes avant la fin de l’année, un calendrier ambitieux compte tenu de la concurrence déjà active, notamment les initiatives à commission zéro de Rapido (Ownly) et le service low‑cost Toing de Swiggy.