Présentation du projet Suncatcher

Google a mis en orbite, au début du mois, un satellite équipé de puces d’accélération Tensor Processing Units (TPU) et d’un modèle de langage nommé Gemma 4. Le 27 février, le satellite a transmis sa première réponse depuis l’espace, sous la forme d’un haïku décrivant la sensation d’être en orbite. Cette démonstration confirme que le système d’exploitation embarqué, le réseau de communication et l’alimentation électrique fonctionnent conjointement dans les conditions de microgravité.

Architecture du serveur IA en orbite

Le cœur du serveur repose sur des TPU, conçues pour exécuter des opérations matricielles à grande échelle avec une consommation énergétique optimisée. Gemma 4, modèle de génération de texte, a été chargé en mémoire flash et invoqué via une interface de prompt distante. La chaîne de traitement comprend la réception du signal radio, le décodage du prompt, l’inférence sur les TPU, puis l’encodage du texte généré avant la retransmission vers la Terre. Le haïku suivant illustre le résultat :

Blue marble below
Data streams in silent grace
Starlight feeds my core. ✨

Cette séquence montre que le pipeline complet – du lien radio à l’inférence – a été validé sans perte de données notable.

Évaluation des TPU en conditions spatiales

Google indique que les prochains tests porteront sur la performance des TPU sous stress thermique et exposition aux radiations. En orbite, les températures oscillent entre -120 °C et +120 °C selon l’exposition au soleil, tandis que les particules ionisantes peuvent altérer les transistors. Les TPU, basées sur la technologie de gravure 7 nm, sont sensibles aux effets de charge totale ionisante (TID) et aux coups de rayons (SEE). Google devra donc mesurer le taux d’erreurs de calcul (bit‑flip) et la dérive de fréquence d’horloge, puis appliquer des stratégies de correction d’erreurs (ECC) et de blindage matériel.

Le choix d’une architecture à faible consommation permet de limiter la dissipation thermique, mais le satellite doit disposer d’un système de radiateur passif pour évacuer la chaleur résiduelle. La capacité de la batterie, alimentée par des panneaux solaires, doit également couvrir les pics de consommation lors des inférences intensives.

Perspectives et contraintes

Google projette, d’ici 2027, le déploiement de deux satellites interconnectés, formant un « twin » capable d’échanger des charges de travail IA en temps réel. Cette architecture distribuée pourrait réduire la latence pour les applications nécessitant un accès immédiat aux données de télémétrie, comme la surveillance environnementale. Toutefois, la fiabilité du lien inter‑satellite, la synchronisation des horloges et la gestion des pannes restent des défis majeurs. La validation des TPU en orbite constitue la première étape critique : si les puces résistent aux radiations et aux variations thermiques, elles ouvriront la voie à des data‑centers orbitaux capables de traiter des volumes de données bien supérieurs à ceux des stations au sol.