Contexte de la pénurie de mémoire

Depuis le début de 2026, les prix des modules DDR5 ont atteint plus de 600 $ pour 32 Go, alors que les mêmes capacité en DDR4 se vendent autour de 260 $. Cette différence de prix résulte d’une demande soutenue pour la bande passante DDR5, combinée à des contraintes d’approvisionnement en puces de mémoire. Le déséquilibre pousse les constructeurs à reconsidérer les architectures qui supportaient le DDR4, introduit pour la première fois en 2014.

Retour du DDR4 via les sockets LGA 1700 et AM4

Le socket LGA 1700, lancé en 2021 avec les processeurs Alder Lake d’Intel, était capable de gérer à la fois DDR4 et DDR5. En 2024, Intel a abandonné le support DDR4 pour se concentrer exclusivement sur DDR5. Gigabyte a annoncé, toutefois, que deux de ses gammes de cartes mères reprendront la compatibilité DDR4 sur le même socket, avec des processeurs prévus pour un lancement début 2027. Cette décision exploite la compatibilité physique du socket, qui ne nécessite pas de redesign majeur du contrôleur mémoire, mais uniquement une mise à jour du BIOS pour activer le mode DDR4.

De même, AMD a présenté une nouvelle série de cartes mères basées sur le socket AM4, plateforme qui supportait le DDR4 depuis la génération Ryzen 1000. Ces cartes accompagneront le Ryzen 7 5800X3D, relancé à l’occasion de son dixième anniversaire. Le choix d’AMD de rester sur le DDR4 évite aux utilisateurs d’investir dans de nouveaux kits de mémoire DDR5, tout en prolongeant la durée de vie des plateformes existantes.

Analyse économique et technique

Le coût d’un kit DDR5 32 Go (620 $) dépasse de plus de deux fois celui d’un kit DDR4 équivalent (260 $). En termes de performances, le DDR5 offre des fréquences supérieures (ex. 5600 MHz contre 3200 MHz typiques du DDR4) et une meilleure efficacité énergétique grâce à une tension de fonctionnement réduite (1,1 V contre 1,2 V). Cependant, la différence de prix rend le gain de bande passante moins attractif pour les utilisateurs grand public ou les stations de travail où la charge mémoire n’est pas critique.

Sur le plan de la chaîne d’approvisionnement, réactiver le support DDR4 permet aux fabricants de puiser dans les stocks existants de puces DRAM, qui sont produits en volumes plus importants depuis la génération précédente. Cela réduit la pression sur les lignes de production de DDR5, qui restent limitées par la capacité de fabrication de 10 nm et 7 nm chez les principaux fournisseurs.

Perspectives et limites

Le retour du DDR4 dépendra de la stabilité des prix du DDR5. Si les coûts du DDR5 diminuent rapidement, les constructeurs pourraient abandonner à nouveau le support DDR4 pour simplifier les lignes de produits. De plus, les nouvelles cartes mères devront gérer la coexistence de deux types de modules, ce qui implique des exigences de validation du BIOS plus strictes pour éviter les incompatibilités de timing.

En l’état actuel, la stratégie d’Intel et d’AMD offre une solution intermédiaire : les utilisateurs peuvent prolonger la durée de vie de leurs modules DDR4 tout en accédant à des processeurs récents. Cette approche atténue le coût d’entrée d’un PC performant dans un contexte de pénurie, mais ne résout pas le problème structurel de l’offre limitée en DDR5.