Contexte et enjeux

Le télescope spatial Hubble, en service depuis 36 ans, voit son altitude diminuer de façon continue. Après un dernier reboost en 2002 à 362 miles (583 km) et une dernière mission de maintenance en 2009, il orbite aujourd’hui à 292 miles (470 km). Sans propulsion interne, Hubble subit la traînée atmosphérique résiduelle qui le fera retomber dans l’atmosphère au début des années 2030, selon les prévisions de dynamiqueurs orbitales qui situent la désintégration probable en 2033‑2034.

Pour éviter la perte définitive de cet instrument, la NASA a publié le 26 octobre 2026 un Request For Information (RFI) demandant aux acteurs commerciaux des solutions de capture, de reboost ou de désorbitation contrôlée. Le cahier des charges impose que la mission, prévue avant 2032, élève l’orbite à au moins 373 miles (600 km) sans endommager Hubble.

Contraintes techniques du reboost

Atteindre 600 km requiert un delta‑v d’environ 100 m/s, calculé à partir de la différence d’énergie orbitale entre 470 km et 600 km. Cette valeur dépend de la densité atmosphérique, qui varie avec l’activité solaire ; une période de maximum solaire augmenterait la traînée et donc le delta‑v nécessaire. Le RFI précise que le service doit être réalisé sans propulseurs embarqués, ce qui impose une capture mécanique fiable et une poussée externe suffisante.

Le manque de système d’attitude autonome sur Hubble complique le rendez‑vous. Les capteurs de navigation du télescope sont désactivés depuis longtemps, obligeant la mission de service à fournir son propre guidage, à stabiliser le satellite et à assurer un alignement précis pour le branchement d’un module de propulsion ou d’un propulseur de transfert.

Scénarios de capture et de propulsion

Le RFI mentionne que le contractant devra fournir le lanceur, le vaisseau de service et, le cas échéant, l’équipage. Deux architectures sont envisageables : un véhicule robotisé capable de s’attacher à la structure de service existante (le « handrail » utilisé lors des missions de la navette) ou un module de capture à grappin qui s’accroche à la coque. Chaque approche doit gérer les contraintes de masse, de centre de gravité et de vibrations, car Hubble pèse plusieurs tonnes et possède une forme asymétrique.

Une fois capturé, le vaisseau de service pourrait délivrer une poussée continue à l’aide d’un moteur à propergol cryogénique ou d’un système électrique à haute impulsion. Le choix du propulseur influence le profil de montée : un moteur à haute impulsion minimise le temps de transfert mais impose des contraintes de charge thermique, tandis qu’un système électrique offre une meilleure précision de contrôle mais nécessite une source d’énergie importante, généralement fournie par des panneaux solaires déployés.

Perspectives et limites

Le RFI ne constitue pas un engagement d’achat de la part de la NASA ; il sert à cartographier les capacités industrielles et à estimer les coûts. Les réponses, attendues avant le 30 novembre, devront détailler la faisabilité technique, le budget prévisionnel et le calendrier. L’incertitude liée à l’activité solaire reste la principale variable qui pourrait repousser la date de désorbitation au‑delà de 2034, mais elle rend également la planification du delta‑v plus difficile.

En résumé, la mission de sauvetage de Hubble implique un défi d’ingénierie multidisciplinaire : rendez‑vous sans propulsion, capture sécurisée, propulsion externe suffisante et respect strict du critère de non‑dommage. La réponse du secteur commercial déterminera si le télescope pourra rester opérationnel pour une génération supplémentaire ou si son retrait contrôlé sera la seule issue viable.