Contexte astrophysique
Les modèles classiques de supernova à effondrement du cœur reposent sur la libération d’énergie par les neutrinos pour réchauffer la matière située derrière l’onde de choc. Sans ce chauffage, le choc stagne et la gravité entraîne l’effondrement complet du cœur en trou noir. Les observations montrent toutefois un déficit de supernovas par rapport au taux de formation stellaire et un « gap » de masse dans les trous noirs, ce qui suggère que les modèles actuels omettent des processus physiques.
Mécanisme d’oscillation des neutrinos
Les neutrinos existent en trois saveurs – électron, muon et tau – et leurs antiparticules, et chaque particule se trouve dans une superposition de ces états. Au cours de leur diffusion à travers le cœur d’une supernova, ils subissent des oscillations de saveur, phénomène qui modifie leurs sections efficaces d’interaction avec la matière. Les auteurs soulignent que la distribution d’énergie entre les neutrinos de type « electron » et les neutrinos lourds influence directement le chauffage chargé‑courant et le refroidissement derrière le choc.
Modèle simplifié et résultats
Dans l’étude publiée dans Physical Review D, Mariam Gogilashvili et Irene Tamborra (Université de Copenhague) adoptent un modèle où les oscillations se produisent instantanément. L’énergie totale transportée par les neutrinos est répartie uniformément entre les six espèces (νe, ν̄e, νμ, ν̄μ, ντ, ν̄τ). Le modèle applique cette répartition entre le centre du cœur, où les neutrinos sont couplés à la matière, et la zone de densité plus élevée du choc. Trois seuils de densité – 10^11, 10^12 et 10^13 g cm⁻³ – sont testés pour définir la position du choc, fournissant ainsi une fourchette d’estimations de l’impact.
Les simulations indiquent que, lorsqu’une part importante de l’énergie est transférée aux neutrinos lourds, le chauffage derrière le choc diminue de 15 % à 30 % selon le seuil de densité choisi. Cette réduction affaiblit la capacité du choc à surmonter la gravité, augmentant la probabilité d’un effondrement direct en trou noir. À l’inverse, si la répartition favorise les neutrinos électroniques, le chauffage s’accroît, favorisant l’explosion.
Implications pour les explosions de supernovas
Ces résultats offrent une explication possible aux disparités observées entre le nombre de supernovas attendues et celui détecté : les oscillations de saveur pourraient conduire à des explosions moins fréquentes dans certaines masses d’étoiles. De plus, la sensibilité du chauffage au spectre de saveur pourrait contribuer au « mass gap » des trous noirs, en déterminant si le cœur forme un neutron star ou s’effondre directement. Les auteurs reconnaissent que le modèle reste simplifié ; il ne rend pas compte des variations de momenta individuelles, des gradients de densité complexes, ni des rétro‑actions hydrodynamiques. Des simulations plus détaillées, intégrant des oscillations non instantanées et des couplages matière‑neutrino, seront nécessaires pour quantifier précisément ces effets.