Contexte juridique

Oura a déposé, jeudi, une nouvelle plainte devant le tribunal fédéral du Texas pour bloquer la commercialisation aux États‑Unis du Ring Pro d’Ultrahuman. Cette action suit une série de contentieux lancés depuis 2023, dont une décision de l’International Trade Commission (ITC) en août 2025 qui a conduit à une interdiction d’importation du modèle précédent, le Ring Air. En mars, la U.S. Customs and Border Protection avait toutefois autorisé la réintroduction du Ring Pro, lancé en février, après que le même organisme a jugé le dispositif conforme aux exigences douanières.

Le différend actuel s’inscrit donc dans un contexte où Oura cherche à protéger son portefeuille de brevets contre des concurrents qui, selon elle, reproduisent ses innovations. La société a déjà intenté des actions similaires contre Samsung, RingConn et d’autres acteurs du segment.

Brevets et revendications techniques

Oura invoque deux brevets précis : le D804,471 et le 12,769,363. Le second, délivré le 20 octobre 2026, décrit un design de smart‑ring intégrant une batterie courbée, un circuit imprimé, des aimants et plusieurs capteurs. Le premier brevet couvre quant à lui l’agencement global du dispositif. Oura affirme que le Ring Pro reproduit ces éléments, tant au niveau du design extérieur que des composants internes, violant ainsi les deux revendications.

Le procès implique également SVTronics, fabricant basé à Plano, Texas, accusé d’assembler le Ring Pro sous la direction d’Ultrahuman. La plainte précise que la fabrication, l’importation et la vente du produit aux États‑Unis constitueraient des infractions directes aux brevets cités.

Implications pour le marché des smart‑rings

Le marché mondial des anneaux connectés devrait croître de 12,8 % en 2026, atteignant 4,9 millions d’unités selon IDC, et dépasser 6,3 millions d’ici 2030. Oura demeure le leader, mais Ultrahuman, valorisée à 365 millions de dollars après une levée de 70 millions en septembre, mise sur un partenariat avec Qualcomm pour intégrer davantage de logiciels, voire de fonctions d’IA et de jeu, directement dans le ring.

Parallèlement, Oura a suspendu son introduction en bourse de 2,2 milliards de dollars, invoquant l’incertitude du marché. La société continue d’enrichir son produit avec de nouvelles métriques cardio‑vasculaires, ce qui renforce son argument de différenciation technologique. Certains concurrents, comme RingConn et Circular, ont conclu des accords de licence avec Oura, payant des redevances pour poursuivre leurs ventes.

Perspectives et limites

Si le tribunal accorde une injonction permanente, Ultrahuman serait contraint de retirer le Ring Pro du marché américain, ce qui pourrait retarder son expansion et affecter ses partenaires technologiques. En revanche, un règlement amiable ou une licence pourrait ouvrir la voie à une coexistence, mais aucune indication n’a été fournie quant à la volonté d’Ultrahuman de négocier.

Le manque de transparence sur les termes exacts des brevets et sur les éventuels dommages financiers rend difficile d’évaluer l’impact économique complet. Néanmoins, le litige souligne la tension croissante entre innovation de produit et protection de la propriété intellectuelle dans un segment en rapide expansion.