Contexte et décision

Le vendredi 27 octobre, Andy Yen, PDG de Proton, a annoncé l’annulation d’une série de « re‑interviews » destinées à interroger presque l’ensemble des employés sur leur usage de l’intelligence artificielle. Selon six salariés actuels et un enregistrement audio d’une réunion d’entreprise d’environ deux heures, ces entretiens visaient à identifier les personnes n’utilisant pas suffisamment l’IA, sous la menace implicite de licenciement.

Pressions internes et enjeux de sécurité

L’enquête de 404 Media, publiée la veille, a révélé que Yen poussait agressivement l’adoption de l’IA, même lorsque les équipes de sécurité exprimaient des réserves. Dans le canal Slack dédié à la sécurité, un employé a demandé un délai de quelques jours pour réaliser des pentests sur du code généré par IA avant sa mise en production. Yen a répondu :

That’s bullshit and loser thinking. Of course it’s possible to be fast and secure.
Stop thinking always of how to be slower, and focus more on how to be faster.
Stop lovingly handcrafting all our code and use AI more.

Le même jour, le directeur technique Bart Butler a publié un manifeste IA sur Slack, affirmant que ne pas adopter l’IA constituait une « menace existentielle » pour la mission de Proton. Le document a également indiqué que les performances liées à l’IA seraient intégrées aux évaluations futures, renforçant la pression sur les développeurs.

Réactions des employés et perspectives

Les réactions internes sont partagées. Certains salariés ont accueilli l’annulation comme un progrès, tandis que d’autres estiment que la mesure ne change rien, car aucune sanction ne pèse sur Yen, qui détient la majorité des actions de Proton. Un employé a souligné que les ré‑interviews avaient déjà « servi leur but », en déclenchant des discussions sur l’IA au sein de l’entreprise.

Le conseil d’administration, incluant des personnalités comme Sir Tim Berners‑Lee, a été informé de la situation. Yen a déclaré que le conseil surveillait « de près » le problème et que des réorganisations internes, prévues le mois suivant, redistribueraient les talents sans suppression de postes liés à l’IA.

Du côté des utilisateurs, la confiance est érodée. Après la publication de l’enquête, les réponses de Yen sur Reddit ont été downvotées plus de 1 200 fois, et de nombreux abonnés ont annoncé la résiliation de leurs plans payants, invoquant une perte de crédibilité en matière de protection de la vie privée.

En résumé, l’annulation des ré‑interviews ne résout pas les tensions entre la volonté d’accélérer l’innovation IA et les exigences de sécurité. Le mandat de Yen de « pousser » l’IA persiste, tandis que les employés restent sceptiques quant à la mise en œuvre de pratiques de développement sécurisées. La situation expose un dilemme organisationnel : concilier croissance financière via l’IA avec la réputation de Proton comme défenseur de la confidentialité.