Contexte historique

Sanity's Edge a fonctionné de 1994 à mars 1997 en tant que bulletin board accessible uniquement par ligne téléphonique. Aucun modem ni écran n’étaient requis : l’appelant composait le numéro 813‑989‑1950, pressait les touches du téléphone et écoutait les réponses préenregistrées. Le service était hébergé dans une maison de Tampa, en Floride, sur un PC 80286 dédié, construit par un père et son fils de dix ans. Au total, plus de 26 000 appels ont généré plus de 46 000 messages vocaux, ce qui montre l’ampleur de l’utilisation locale.

Architecture matérielle et logicielle

Le cœur du système était une carte vocale BigMouth, fournie avec son SDK. Cette carte permettait la capture et la lecture de flux audio via le port téléphonique. Le développeur principal, Max, a programmé en BASIC sur un 8086 dépourvu de coprocesseur mathématique, puis a migré vers le C avec Turbo C sur le même processeur. Le SDK de BigMouth offrait des fonctions d’initialisation du matériel, de décodage ADPCM et de gestion des buffers audio, utilisées pour créer les menus interactifs et le labyrinthe thématique « asylum ». Le père, ingénieur en automatisation radio, a écrit la couche de persistance sous forme de base de données propriétaire, stockée sur le disque dur du 286.

Analyse du processus de rétro‑ingénierie

Après le décès du père, le disque contenant le système a été migré successivement vers un disque dur, un SSD, puis gravé sur CD. La récupération a nécessité trois générations d’IA. ChatGPT 3 a d’abord tenté de désassembler le binaire, mais les résultats étaient incomplets. Claude Sonnet 4 a amélioré la lecture des logs et a produit une première page de musée, bien que le décodage audio restait erroné. Claude Sonnet 5.5, couplé au projet Reverse Engineer Anything (REA), a identifié le codec audio intégré dans l’archive « Talking Technology », a extrait les programmes et a permis la lecture correcte de chaque enregistrement. Le code source C manquant a été reconstruit fonction par fonction à partir du code machine, en s’appuyant sur les signatures d’appels du SDK et sur les structures de données observées dans la base de données.

Limites et perspectives

La reconstruction repose sur des hypothèses de correspondance entre les fonctions du SDK et le binaire désassemblé ; aucune documentation officielle du firmware BigMouth n’est disponible, ce qui rend certaines parties du code ambiguës. De plus, le format propriétaire des messages vocaux, bien que décodé, n’est pas documenté, ce qui complique la portabilité vers des plateformes modernes. Néanmoins, le projet montre que l’alliance d’IA de génération de texte et d’outils de désassemblage peut restaurer des systèmes disparus, même lorsqu’ils reposent sur du matériel obsolète. Une version open‑source du lecteur audio pourrait permettre la diffusion du patrimoine sonore de Sanity's Edge sur le web, tout en conservant l’authenticité du rendu original.