Contexte historique
Depuis près de vingt‑cinq ans, SpaceX a construit son modèle économique autour de contrats gouvernementaux. Les premiers accords avec la NASA, notamment le programme Commercial Crew, ont permis à la société de livrer le vaisseau Dragon et le lanceur Falcon 9 à un coût inférieur à celui des acteurs traditionnels. Cette dynamique a transformé SpaceX d’un client dépendant en un fournisseur majeur pour les missions habitées et les lancements commerciaux.
Évolution du partenariat SpaceX‑NASA
En septembre 2023, la direction de SpaceX a annoncé à la NASA qu’elle arrêterait les vols du Crew Dragon d’ici ou avant 2030. La déclaration, relayée par la vice‑présidente Gwynne Shotwell, indique que la NASA devrait se tourner vers Boeing pour le transport d’astronautes. Cette décision s’appuie sur la capacité de Boeing à développer le CST‑100 Starliner, déjà financé par le gouvernement. Par ailleurs, SpaceX a cessé la vente de lancements Falcon 9 pour des missions commerciales après 2028, ce qui réduit la disponibilité du lanceur le plus utilisé par la NASA.
Lors d’une réunion du Safety Advisory Panel de la NASA en octobre 2026, le général Kent Rominger a indiqué que le US Deorbit Vehicle, une version modifiée du Dragon, pourrait nécessiter un autre lanceur que le Falcon 9 si les vols se poursuivent après 2030. Cette remarque reflète la perte de flexibilité opérationnelle liée à la décision de SpaceX.
Implications pour le transport spatial américain
Le retrait de SpaceX du marché des lancements crée un vide que le gouvernement devra combler. D’une part, la dépendance accrue à Boeing augmente le risque de retards, car le Starliner a connu plusieurs dépassements de planning. D’autre part, la capacité de lancement du Falcon 9, certifiée pour plus de 100 missions, ne sera plus accessible pour les missions NASA, ce qui pourrait obliger la NASA à réactiver des lanceurs plus anciens ou à développer de nouveaux véhicules, entraînant des coûts supplémentaires.
Le refus de SpaceX de soumissionner à trois nouveaux contrats de lancement du Space Force, rapporté par Politico, montre une volonté de limiter son exposition aux engagements militaires. Cette posture réduit la concurrence sur le marché des services de lancement, potentiellement au détriment de la résilience du système de lancement national.
Risques et alternatives
Sans l’offre de SpaceX, les programmes lunaires du Commercial Lunar Payload Services (CLPS) devront trouver d’autres fournisseurs. Trois sources indiquent que SpaceX a déjà cessé de fournir des estimations de coûts (ROM) aux entreprises développant des atterrisseurs lunaires, ce qui complique la planification budgétaire et la sélection des partenaires.
En résumé, la décision de SpaceX de se désengager progressivement des missions NASA introduit une incertitude technique et financière. La NASA devra réévaluer ses architectures de transport, diversifier ses fournisseurs et potentiellement investir dans de nouveaux lanceurs pour maintenir la cadence de vols vers l’ISS et les projets lunaires.