Contexte de l'accident

Le 27 mai 2024, un véhicule Tesla équipé du mode Full Self‑Driving (FSD) a percuté l’arrière d’une voiture de patrouille de la California Highway Patrol (CHP) sur l’autoroute I‑80. La vidéo diffusée par la CHP montre la Tesla franchissant des cônes, des balises de signalisation et des gyrophares avant de s’écraser contre le véhicule immobilisé. Deux agents de la CHP ont été gravement blessés et transportés à l’hôpital. Le conducteur a déclaré être endormi au moment de l’impact, affirmant que le système FSD était activé.

Fonctionnement de FSD et limites techniques

Le système Full Self‑Driving de Tesla repose sur une suite de capteurs (caméras, radar, lidar logiciel) et sur un réseau de neurones entraîné à reconnaître la signalisation, les obstacles et les comportements des usagers. En mode « Autosteer », le logiciel maintient la trajectoire du véhicule mais requiert une supervision active du conducteur, qui doit garder les mains sur le volant et rester attentif. Le crash révèle deux failles : premièrement, le système n’a pas détecté les signaux d’avertissement visuels (flèches, cônes) comme obstacles critiques, et deuxièmement, il n’a pas déclenché d’intervention d’urgence lorsque le conducteur a perdu conscience, ce qui indique une dépendance excessive à l’engagement humain.

Enquêtes NHTSA et mise à jour 2023

Après une série d’incidents similaires, la National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA) a ouvert une première enquête en 2021 sur le logiciel Autopilot de Tesla, concluant que les fonctions d’assistance ne garantissaient pas une vigilance suffisante du conducteur. Le rapport de la NHTSA a lié ces fonctions à plusieurs centaines de collisions et à une douzaine de décès, lorsque le système et le conducteur ne réagissaient pas. En 2023, Tesla a publié une mise à jour d’Autopilot qui ajoute des contrôles supplémentaires et des alertes sonores et visuelles destinées à forcer le conducteur à reprendre le contrôle lorsque le système détecte une perte d’attention. Malgré ces ajouts, la NHTSA a relancé une enquête pour vérifier si les nouvelles mesures sont techniquement suffisantes pour prévenir des scénarios comme celui de l’I‑80.

Implications pour la sécurité routière

Le fait que le conducteur ait pu s’endormir tout en laissant le FSD actif souligne une limitation fondamentale : l’absence de redondance de sécurité autonome capable d’intervenir sans action humaine. Les alertes introduites en 2023 restent conditionnelles ; elles ne déclenchent pas de freinage d’urgence automatique, ce qui laisse la responsabilité de la maîtrise du véhicule au conducteur. Cette situation alimente les avertissements de la CHP, qui rappelle que « Full Self‑Driving n’est pas pleinement autonome » et que la technologie ne dispense pas le conducteur de son obligation de conduite sécurisée. Le cas renforce la pression réglementaire pour que les constructeurs intègrent des systèmes de supervision active plus robustes, voire des fonctions de prise de contrôle totale en cas de défaillance du conducteur.