Contexte et motivations
Face à des files d’attente de plusieurs années pour obtenir des raccordements au réseau ou de nouvelles turbines, les data centers dédiés à l’IA cherchent des sources d’énergie autonomes. Le New York Times indique que la principale contrainte est le délai : connecter 100 MW au réseau de Virginie du Nord nécessite environ sept ans, selon l’International Energy Agency. En comparaison, un moteur d’avion reconverti peut être opérationnel en 24 mois, selon l’analyste d’Rystad Energy Audun Martinsen.
Conversion des moteurs d’avion en turbines à gaz
Les moteurs proviennent d’avions retirés, notamment des unités GE couramment installées sur les Boeing. ProEnergy les reconstruit pour brûler du gaz naturel, transformant ainsi une propulsion aéronautique en une turbine stationnaire. Cette conversion ne crée pas une centrale permanente ; elle fournit une puissance rapide mais avec une efficacité moindre que les turbines conçues à l’origine pour la production d’électricité. Le rapport du Times précise que plusieurs unités sont nécessaires pour atteindre la même capacité qu’une turbine industrielle, ce qui augmente la consommation de combustible et les émissions.
Déploiement et acteurs majeurs
Le projet xAI d’Elon Musk a installé huit turbines à Mississippi pour alimenter le data center Colossus 2. OpenAI a suivi en 2025 avec des turbines à gaz sur le site Stargate à Abilene, Texas, construit par la startup Crusoe, qui a commandé 13 unités à ProEnergy en avril. Crusoe a également renégocié un accord de 1,25 milliard de dollars pour 29 turbines provenant de Boom Supersonic, avant de se retirer du contrat tout en maintenant son intention d’utiliser des turbines. Le retard d’alimentation a déjà entraîné le retrait de Microsoft comme client principal du data center Nscale à Loughton, en Angleterre, où l’utilité locale ne pourra fournir assez d’énergie que dans les années 2030.
Limites d’efficacité et impacts environnementaux
Les turbines issues de moteurs d’avion consomment davantage de gaz pour produire un mégawatt que les turbines classiques, ce qui se traduit par une intensité carbone plus élevée. Le Times souligne que cette solution est donc envisagée comme une mesure transitoire, avec des experts qui anticipent une montée en importance des critères d’efficacité et d’impact environnemental d’ici un à deux ans. Par ailleurs, la politique actuelle de l’administration Trump encourage les data centers à générer leur propre électricité, ce qui pourrait amplifier l’adoption de ces solutions temporaires malgré leurs inconvénients.