Contexte et objectifs
Le réseau Ethereum envisage d’augmenter son plafond de gaz de 60 M à 200 M d’opérations par bloc. Cette proposition, souvent désignée sous le nom de Glamsterdam, vise à améliorer la capacité de traitement des transactions pendant les pics de demande. Les concepteurs souhaitent que le nouveau plafond permette une meilleure utilisation des blocs sans compromettre la prévisibilité du mécanisme de frais, qui repose sur le base fee calculé par le protocole EIP‑1559.
Méthodologie de simulation
Des chercheurs ont reproduit 21 jours d’activité réelle de la chaîne principale à l’aide d’une fourchette instrumentée du client reth. Chaque scénario de demande (douze au total) a été exécuté avec 50 chemins de simulation, soit 600 exécutions parallèles. Le modèle a d’abord appliqué une période d’ajustement de 10 heures pour stabiliser le nouveau paramètre de limite de gaz, puis a mesuré l’utilisation du bloc, le base fee et les tips (pourboires) dans chaque configuration. Les scénarios couvrent des niveaux de demande allant de faible à deux fois la charge moyenne observée, ainsi que différentes hypothèses d’élasticité du prix du gaz.
Résultats et interprétation
Dans neuf des douze scénarios, l’utilisation du bloc s’est stabilisée autour de 50 % de capacité, même avec le plafond de 200 M. Le base fee médian a varié de moins de 0,0001 gwei à 0,39 gwei selon le niveau de demande et l’élasticité supposée. Les trois scénarios à faible demande n’ont jamais atteint le seuil de 100 M de gaz consommé ; le base fee est alors quasi nul et les frais réels proviennent principalement des tips, avec une médiane de 0,025 gwei. Lorsque la demande a doublé, les base fees ont montré une dispersion de 18 fois, oscillant entre 0,006 gwei et 0,106 gwei selon les hypothèses d’élasticité du prix.
Ces observations indiquent que l’augmentation du plafond ne garantit pas une utilisation maximale du bloc. Même avec une capacité triple, la plupart des charges restent en dessous de 50 % du plafond, ce qui maintient les base fees à des niveaux très bas. Par ailleurs, la sensibilité du base fee aux hypothèses d’élasticité montre que le simple suivi de l’utilisation du bloc ne suffit pas à prévoir les frais post‑upgrade.
Implications pour le modèle de frais
Le mécanisme EIP‑1559 repose sur une rétro‑action entre l’utilisation du bloc et le base fee. Les simulations révèlent que, avec un plafond de 200 M, le système risque de rester dans une zone de faible pression tarifaire pendant la plupart des périodes, ce qui pourrait réduire les incitations à la priorité des transactions et augmenter la dépendance aux tips. Les opérateurs de nœuds et les développeurs de contrats devront donc anticiper une plus grande variabilité des frais, notamment lors de pics de demande où l’élasticité du prix du gaz devient le facteur déterminant.
Enfin, la stabilité observée après la période d’ajustement suggère que le réseau peut absorber rapidement le nouveau paramètre sans provoquer de déséquilibres majeurs. Toutefois, la persistance d’une utilisation moyenne autour de 50 % indique que d’autres leviers – comme l’optimisation du gas‑price market ou l’introduction de mécanismes de congestion supplémentaires – pourraient être nécessaires pour exploiter pleinement la capacité supplémentaire offerte par le plafond de 200 M.