Présentation

Le 20 novembre 2023, le Bureau International des Poids et Mesures (BIPM) a annoncé la fin de l’insertion de secondes intercalaires dans le temps civil UTC. Cette décision, prise lors de la 27e Conférence Générale des Poids et Mesures (CGPM), marque la fin d’un mécanisme introduit en 1972 pour compenser les variations de la rotation terrestre.

Contexte technique

Depuis 1972, 27 secondes intercalaires ont été ajoutées, la dernière le 31 décembre 2016. Elles étaient déclenchées par l’International Earth Rotation and Reference Systems Service (IERS) chaque fois que l’écart entre le temps atomique international (TAI) et le temps universel (UT1) dépassait 0,9 seconde. Le processus nécessitait une mise à jour simultanée des horloges informatiques, des réseaux de télécommunications et des systèmes de navigation, ce qui pouvait entraîner des incohérences temporaires.

Le BIPM propose de laisser UTC évoluer comme un temps continu, sans insertion de secondes. Le décalage entre UTC et UT1 pourra alors atteindre jusqu’à 0,9 seconde avant qu’une correction ponctuelle ne soit appliquée, mais sans recourir à une seconde supplémentaire.

Implications pour les systèmes informatiques

Les systèmes qui synchronisent leurs horloges via le protocole NTP (Network Time Protocol) ou le service PTP (Precision Time Protocol) devront adapter leurs algorithmes de gestion du temps. Actuellement, les serveurs NTP intègrent des tables de prévision des secondes intercalaires (leap‑second table) qui seront obsolètes. La suppression élimine le besoin de « leap smear », technique consistant à répartir la seconde supplémentaire sur plusieurs heures pour atténuer les effets de la transition.

Les infrastructures critiques – satellites GPS, réseaux de téléphonie mobile, bourses financières – gagneront en stabilité temporelle, car elles ne seront plus soumises à des sauts de seconde qui peuvent provoquer des erreurs de timestamp ou des pertes de synchronisation.

Perspectives et limites

Le nouveau modèle simplifie la chaîne de traçabilité du temps, mais il introduit un écart progressif entre le temps civil et la rotation réelle de la Terre. À long terme, cet écart pourrait dépasser le seuil de 0,9 seconde, nécessitant une révision du cadre de référence ou l’adoption d’une autre forme de correction. Le BIPM prévoit de réévaluer la situation avant 2035, date à laquelle la première révision majeure pourrait être envisagée.

En résumé, la suppression des secondes intercalaires repose sur des données historiques (27 insertions depuis 1972) et sur l’analyse des coûts de mise à jour des systèmes distribués. Elle offre une simplification technique immédiate, tout en transférant la gestion de la divergence Terre‑temps à une échelle plus longue.