Contexte législatif
Le AM Radio for Every Vehicle Act a été adopté à la Chambre des représentants avec un soutien bipartisan massif. Le texte oblige les constructeurs à installer la radio AM dans toutes les voitures, camions et SUV neufs, sans frais additionnels pour le consommateur. Le projet, co‑parrainé par le sénateur Ed Markey (D‑Mass.) et le sénateur Ted Cruz (R‑Texas), a recueilli 60 co‑sponsors, un nombre suffisant pour éviter un filibuster au Sénat, où il doit maintenant être examiné.
Implications techniques pour les constructeurs
Les constructeurs cités – BMW, Rivian, Tesla, Volvo et Ford – ont déjà commencé à supprimer les récepteurs AM traditionnels au profit de plateformes logicielles comme TuneIn ou SiriusXM. L’obligation légale impose donc la réintégration d’un module radio AM, ce qui implique la présence d’une antenne dédiée, d’un tuner analogique et d’une chaîne d’alimentation stable. Pour les véhicules électriques, l’ajout d’un tel composant doit être compatible avec les exigences d’efficacité énergétique et les contraintes d’encombrement.
Ford, qui avait retiré la radio AM de certains modèles, a annoncé un retour en arrière pour se conformer à la loi. Tesla, dont les versions de base du Model 3 et du Model Y ne comportent pas de récepteur AM, devra soit réintroduire le matériel, soit proposer une solution logicielle équivalente, ce qui n’est pas autorisé par le texte qui précise « standard equipment ». Rivian, quant à elle, propose l’accès AM via la plateforme digitale iHeartRadio sur le R2 SUV, mais le texte législatif ne reconnaît pas ce contournement comme une conformité.
Analyse des contraintes d’interférences et des alternatives numériques
Les constructeurs avancent que les moteurs électriques génèrent des interférences électromagnétiques (EMI) qui dégradent la qualité du signal AM, dont la bande de fréquence (530 kHz‑1700 kHz) est particulièrement sensible aux perturbations de haute fréquence. Cette EMI provient des onduleurs de traction et des systèmes de charge rapide, qui peuvent injecter du bruit dans le spectre AM via le câblage du véhicule. Pour atténuer ce problème, les ingénieurs doivent intégrer des filtres passe‑bas, des blindages supplémentaires et optimiser le routage des câbles afin de réduire le couplage inductif.
Les solutions purement numériques – diffusion en streaming via iHeartRadio ou SiriusXM – offrent une meilleure qualité audio mais ne garantissent pas la disponibilité du signal en cas de panne du réseau cellulaire ou d’infrastructure internet, alors que la radio AM reste fonctionnelle grâce à sa portée de plusieurs centaines de kilomètres, même sans alimentation externe.
Perspectives et limites
Si la législation se concrétise, les constructeurs devront réévaluer leurs architectures de tableau de bord et leurs budgets de pièces détachées. Le coût matériel d’un récepteur AM est marginal, mais les dépenses liées à la certification EMI et aux tests de conformité peuvent être non négligeables. De plus, l’obligation ne précise pas de normes de performance, laissant une marge d’interprétation quant à la qualité du signal délivré. Enfin, l’efficacité de la radio AM comme canal d’urgence dépendra de la résilience des stations émettrices, un facteur hors du contrôle des constructeurs automobiles.