Contexte et objectifs

Deutsche Telekom, Orange, Telefónica et Vodafone ont signé une lettre d’intention pour étudier un appel d’offres de spectre dédié à un service satellite « direct‑to‑device ». L’objectif déclaré est de garantir une couverture universelle dans les zones mal desservies, d’accroître la résilience des réseaux publics et de sécuriser les communications critiques. Cette initiative s’inscrit dans la volonté européenne de disposer d’une alternative aux services de SpaceX, notamment Starlink.

Architecture proposée et spectre

Les quatre opérateurs prévoient de développer l’infrastructure au sol – stations de suivi, passerelles de gestion et fonctions de coordination – tandis qu’un partenaire satellite, encore non identifié, fournirait la constellation. Le projet cible le ré‑emploi d’une partie de la bande de 2 GHz, que la Commission européenne a évoquée comme réserve possible pour des services satellitaires locaux. Cette bande, traditionnellement utilisée pour les communications mobiles, offre une pénétration robuste en milieux urbains et ruraux, mais impose des contraintes de puissance d’émission et de largeur de canal qui influencent la capacité de liaison directe avec les terminaux mobiles.

Enjeux techniques et réglementaires

Le modèle « direct‑to‑device » nécessite des terminaux capables de décoder des signaux à faible gain d’antenne, ce qui implique l’intégration d’antennes à gain élevé ou de techniques de beam‑forming dans les smartphones. La gestion du spectre 2 GHz impose également le respect de seuils d’exposition RF stricts, surtout en zones densément peuplées. Sur le plan réglementaire, la coopération entre opérateurs télécoms et un opérateur spatial doit concilier les exigences de la CEPT pour la coordination des fréquences et les exigences de souveraineté européenne, afin d’éviter une dépendance technologique vis‑à‑vis de fournisseurs non européens.

Comparaison internationale et perspectives

Aux États‑Unis, AT&T, T‑Mobile et Verizon ont annoncé une collaboration similaire, combinant spectre rural et zones mortes pour augmenter la capacité via des fournisseurs satellites. L’Europe, en revanche, mise sur une gouvernance partagée et un accès au marché européen, ce qui pourrait faciliter l’obtention de licences locales. La Commission européenne a toutefois reçu des critiques de SpaceX, qui estime que réserver le 2 GHz à des acteurs européens pourrait détériorer la qualité du service en Ukraine, où les liaisons satellite sont essentielles. L’absence d’un partenaire satellite identifié constitue une incertitude majeure : la capacité de déployer une constellation compétitive dépendra du calendrier de lancement, du nombre de satellites et de la technologie d’accès (Ka‑band, L‑band, etc.).