Contexte et enjeux du refroidissement

Le secteur du conditionnement thermique recherche depuis plus d’un siècle des fluides réfrigérants plus performants et moins polluants. Les gaz classiques comme le Freon ont détruit la couche d’ozone, tandis que les alternatives modernes (ex. R‑134a) restent de puissants gaz à effet de serre. Cette dualité crée un « treadmill » où chaque nouveau composé doit concilier impact environnemental et coefficient de performance (COP) comparable aux solutions historiques.

Principe de fonctionnement du système Pascal

Pascal exploite un réfrigérant à l’état solide, mais sans compression directe du solide. Le dispositif comprime du dioxyde de carbone (CO₂) dans une cartouche contenant un matériau poreux « sponge‑like » propriétaire. Lorsque le CO₂ pénètre les pores, les molécules rebondissent contre les parois, transférant leur énergie cinétique au solide et le réchauffant. Un échangeur de chaleur évacue une partie de cette énergie. En inversant le cycle, le matériau absorbe la chaleur du côté extérieur et la restitue au CO₂, qui transporte alors le froid vers l’intérieur du réfrigérateur ou de la pompe à chaleur.

Deux cartouches fonctionnent en parallèle : l’une absorbe la chaleur interne, l’autre rejette la chaleur externe. Lorsque les températures des deux cartouches s’inversent, le flux de CO₂ est renversé, assurant un cycle continu. Le matériau a été soumis à plus de 300 000 cycles de compression‑décompression, ce qui correspond approximativement à une année d’utilisation continue, démontrant une robustesse suffisante pour des applications domestiques.

Analyse de l’efficacité et des limites techniques

Selon les fondateurs, le prototype promet une amélioration d’environ 20 % du COP par rapport aux systèmes traditionnels à base de gaz. Cette hausse provient de deux facteurs : (1) la capacité du matériau poreux à transférer la chaleur plus rapidement que les réfrigérants solides classiques, réduisant ainsi les pertes thermiques, et (2) la pression de fonctionnement nettement inférieure, car le CO₂ est compressé dans un volume limité plutôt que dans tout le circuit. L’utilisation de systèmes conventionnels (pompes, échangeurs) permet de contenir les coûts de production, mais la dépendance à un matériau propriétaire crée un risque de chaîne d’approvisionnement et de protection de la propriété intellectuelle.

Le principal défi reste la mise à l’échelle du processus de fabrication du matériau poreux. Aucun chiffre de rendement de production n’est fourni, ce qui rend difficile d’évaluer la compétitivité économique à grande échelle. De plus, la durée de vie estimée à un an de cycles doit être validée sur des horizons de 5 à 10 ans pour les appareils grand public.

Perspectives commerciales et financement

Pascal a levé 8,5 M$ en financement de suivi, co‑dirigé par Sazze Partners et LB Investment, avec la participation de KDB Silicon Valley. Le tour a été accéléré par la signature d’un contrat pilote avec une multinationale du secteur des boissons, indiquant un intérêt industriel précoce. Le premier prototype devrait être présenté début 2027, suivi d’une série de réfrigérateurs commercialisables prévue pour 2028. Si les performances annoncées se confirment, le modèle pourrait offrir une alternative à faible empreinte carbone aux fluides fluorés, tout en conservant une architecture de système familière aux fabricants d’appareils.